Adolescents, modes d'emploi

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L'adolescence est la période de la vie où on a le plus besoin de manger : un enfant double son poids entre 9 et 13 ans
Adolescence et nutrition
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L'adolescence est la période de la vie où on a le plus besoin de manger : un enfant double son poids entre 9 et 13 ans
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Le dernier rapport de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) dressait pourtant un tableau assez rassurant de l'état psychique et donc comportemental des jeunes : seul un adolescent sur cinq semblait souffrir de trouble mental. Cela revenait donc à dire que quatre sur cinq allaient bien! Et cela laissait supposer que la plupart des parents n'avaient donc pas de raison de perdre pied face à leur enfant grandissant.

De plus, la notion de «crise d'adolescence» s'est depuis plus de vingt ans largement répandue dans le grand public, notamment grâce à Françoise Dolto et à sa métaphore du homard décrivant la douloureuse métamorphose enclenchée par la puberté. «Un adolescent, disait Françoise Dolto, c'est un homard pendant la mue: sans carapace, obligé d'en fabriquer une autre, et en attendant confronté à tous les dangers».

Alors, pourquoi un tel besoin d'aide de la part des parents?

Les règles du jeu ont changé

Sonia Feertchak, journaliste qui pendant dix ans a eu en charge le «Courrier des filles» d'un magazine jeunesse (plus de trois cents lettres par an) a son idée sur ces questions : «Une évolution notable est venue déstabiliser les familles : nous sommes passés d'une société de règles, où les adultes passaient des ordres, "Tu ne sortiras pas maquillée comme ça" ou "Tu ne porteras pas de noir", à une société de normes plus ou moins explicites. Chacun a donc perdu ses repères. Les ados ont gagné en liberté, mais ressentent en même temps des angoisses nouvelles car ils ignorent contre qui ou quoi se heurter... Quant aux parents, ils ne savent pas gérer leur rôle dans cette période de mutation !»

Les psychiatres en cause

Pour Michel Fize, les pédopsychiatres et psychanalystes sont les grands responsables d'une certaine «pathologisation» de l'adolescence : «À force de recevoir des ados à problèmes, ils ont diffusé un discours qui ne correspond pas à la grande majorité des cas, estime-t-il. Car la plupart du temps, il ne se passe rien ! Certes, c'est incontestable, la communication entre les parents et leur ado est traversée de conflits, de recadrages, comme toute relation vivante. Mais il importe de remettre du normal là où l'on s'inquiète trop vite. Le jeune est une personne, certes, mais c'est aussi un être banal ! Sa vraie particularité: il est celui qui découvre qu'il pense par lui-même. Et les adultes doivent être conscients de cette mutation.»

Pour ce «sociothérapeute» d'un nouveau genre, changer de regard sur les adolescents entraînera naturellement les adultes à changer de vocabulaire, et donc à pouvoir construire un «cocktail démocratique» fait de dialogue, de persuasion et surtout d'échange.

Et en effet, celui-ci semble plus que jamais nécessaire. «Grâce aux divers textos, réseaux sur Internet, etc. les adolescents passent désormais plus de temps entre pairs qu'avec leurs parents, observe Sonia Feertchak. Cela n'est pas sans conséquences: ils apprennent la sexualité à travers des images plus ou moins pornographiques et surtout ils sont sou mis comme jamais à la pression de la consommation.» Pour la journaliste, les modèles médiatisés à destination des filles sont notamment préoccupants car «ils sont aux antipodes de ceux que la plupart des parents ont envie de transmettre à leurs enfants: vouloir plaire à tout prix au risque de devenir objet, ne pas se respecter, ne s'estimer qu'aux marques que l'on porte...». Aujourd'hui, c'est davantage contre ces sirènes des médias et de la consommation face à leurs propres ados que les parents doivent lutter.

Des costauds fragiles

Inaugurée par le mini-séisme de la puberté, l'adolescence doit être accompagnée par l'attention réelle, mais discrète, des parents.

Aux États-Unis, l'Association professionnelle des pédiatres (AAP) vient de demander qu'on retarde le début des cours le matin pour laisser les adolescents dormir plus longtemps.

Spécialiste en médecine des adolescents, le Dr Paul Jacquin (CHU Robert-Debré, Paris) est du même avis, et pour cause: «À l'adolescence, le sommeil se décale physiologiquement vers le soir. Or le lycée commence souvent à 8 heures. Si on réveillait les adolescents une heure plus tard, ils seraient peut-être plus efficaces et les accidents de trajet moins nombreux.»

Avec leurs gros besoins de sommeil, le coucher doit intervenir entre 22h30 et 23h30, tous écrans éteints. «Il faut aussi respecter la grasse matinée du dimanche, qui permet de récupérer la dette de sommeil accumulée dans la semaine.»

C'est aussi la période de la vie où on a le plus besoin de manger : un enfant double son poids entre 9 et 13 ans. «L'obésité vient de l'enfance, mais peut s'aggraver à l'adolescence. Le regard des autres, dont l'adolescent est très dépendant, et parfois la répétition de prises en charge inadaptées peuvent l'emprisonner dans des mécanismes conduisant à un trouble du comportement alimentaire.» Pour le pédiatre, «le plus important est de préserver le rythme des deux ou trois repas quotidiens en commun. Un ado pour qui manger devient un problème, qui vide les placards ou au contraire disparaît de la table familiale et s'isole pour manger, doit attirer l'attention des parents. En cas de souci, il ne faut pas hésiter à en parler avec lui et à demander l'avis du médecin».

Impulsivité

L'adolescence s'ouvre avec la puberté, l'acquisition progressive de la maturité sexuelle et de la capacité reproductrice, qui débute vers 10-12 ans chez les filles, 12-14 ans chez les garçons. Certaines pathologies peuvent se révéler à ce moment. «C'est le cas de maladies génétiques rares comme le syndrome de Klinefelter, de retards pubertaires, de retards de croissance dus à un déficit partiel en hormone de croissance, ou encore de tumeurs hypophysaires dévoilées par la forte sollicitation hormonale», explique le Dr Jacquin. «Les pathologies thyroïdiennes, la sclérose en plaques, le diabète de type 1 ont aussi une fréquence accrue à l'adolescence, probablement en raison des interactions entre hormones et immunité. Certaines formes d'épilepsies, de leucémies et de cancers ont aussi des spécificités à l'adolescence.»

Mais globalement, c'est l'âge de la vie où la consommation médicale est la plus faible, et 85 % des adolescents s'estiment en bonne santé. Pour autant, c'est une période de fragilité psycho-affective et cognitive. «Des travaux actuels montrent qu'à l'adolescence il y a un décalage entre la maturation des zones du cerveau impliquées dans la réflexion et celle du contrôle des émotions. L'impulsivité, les brusques changements d'humeur de l'adolescent, qui a du mal à réguler ses émotions, son intolérance à la déception ont une base physique», souligne le Dr Jean Chambry, pédopsychiatre (CHU Kremlin-Bicêtre). Avec la maturation cognitive apparaît aussi peu à peu la capacité d'abstraction, la possibilité de penser le monde en dehors de la réalité.

À l'adolescence, le jeune va se confronter à une modification de son corps qu'il ne maîtrise pas, à l'entrée dans la sexualité génitale adulte et aux remaniements psychiques liés à la puberté. C'est donc l'âge des expérimentations pour s'approprier ce corps et ce monde nouveaux. C'est aussi celui où l'adolescent prend conscience de l'écart entre son idéal de lui-même et la réalité, explique le médecin: «Si l'image de soi qu'il s'est construite dans l'enfance est assez bonne, cet écart ne sera pas trop écrasant et l'adolescent s'arrangera de ces ajustements. Sinon, cela risque d'être plus difficile.»

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