Burn-out : comment le détecter ?

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Comment différencier un gros coup de fatigue d'un véritable syndrome d'épuisement professionnel ? Soyez vigilant(e), et sachez repérer ces cinq signes parmi votre entourage... Ou en vous-même.
Les symptômes du burn-out
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Comment différencier un gros coup de fatigue d'un véritable syndrome d'épuisement professionnel ? Soyez vigilant(e), et sachez repérer ces cinq signes parmi votre entourage... Ou en vous-même.
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Vous vous sentez extrêmement fatigué(e) en ce moment. Est-ce un simple coup de mou, ou souffrez-vous d'un réel surmenage ? Rassurez-vous : vous avez conscience de votre besoin de repos, si vous ne niez pas votre fatigue, c'est bon signe. Prenez quelques vacances, puis revenez au travail sereinement : vous ne souffrez probablement pas d'un syndrome d' « épuisement professionnel », plus connu sous le nom de « burn-out ». L'un des premiers signes de ce trouble est en effet le déni, qui rend la personne généralement incapable de se rendre compte de ce qui lui arrive. Les symptômes sont difficiles à déceler, y compris par son médecin.

« Je n'arrivais pas à déléguer pour me faire remplacer »

Dominique, une conquérante sales manager de 49 ans, ne s'est rendue compte du mal qui la rongeait que le jour où elle s'est effondrée en pleine réunion, sans avoir vu la crise venir. « Soudain je me suis levée, en larmes, et j'ai crié : « Je ne supporte plus qu'on me parle comme ça, ça suffit ! » avant de retomber sur ma chaise, vidée de toute énergie. » Après-coup, Dominique réalise à quel point ses nerfs ont été éprouvés pendant les deux années écoulées. Elle décrit comment elle s'est sentie « mangée à petit feu », et comme au final « il ne restait rien à l'intérieur [d'elle] ». Sans vaciller, elle a encaissé des événements toujours plus épuisants pour ses nerfs : décès de proches, déménagements, pression de plus en plus importante au travail... Jusqu'au point de rupture, « la goutte d'eau ». La goutte d'eau a débordé au bout de deux ans chez Dominique, mais l'escalade dure souvent de six à huit ans, comme l'explique le Dr François Baumann, fondateur de la Société de formation thérapeutique du généraliste (SFTG). Pourquoi si longtemps ? La victime possède généralement une personnalité particulièrement impliquée dans ce qu'elle fait, responsable et perfectionniste. Il est difficile pour elle de réaliser et d'admettre ce qui lui arrive. Au fur et à mesure que le trouble s'installe, elle tombe dans un déni et devient incapable de détecter les signes précédant l'effondrement.

La crise doit alerter sur l'existence d'un mal profond

La crise en elle-même prend la forme d'un gros coup de fatigue. C'est là que le médecin doit être capable de repérer la maladie, qui se manifeste à plusieurs niveaux : psychique, émotionnel, et physique avec l'apparition de troubles psychosomatiques. Le syndrome d'épuisement est à présent bien connu des thérapeutes. Selon François Baumann, le signe le plus évident en est qu'un arrêt de travail court ne suffit pas à soulager la fatigue. Et pour cause, la maladie dont il s'agit est plus profonde et affecte « la relation au travail et aux autres ». La victime fait généralement preuve d'un cynisme exacerbé et d'un épuisement nerveux sensible. Le « cynisme relationnel » consiste en une disparition du sentiment d'empathie pour les autres, conduisant à traiter ses patients, ses clients, ses collègues comme des objets. Enfin, se développe et s'approfondit un sentiment d'échec, rappelant des signes de dépression.

Pour se remettre, il faut accepter de lâcher prise

Décrocher n'est pas simple. Typiquement, une fois arrêtée, Dominique a continué son travail au même rythme mais à distance, lisant tous les rapports qui circulaient, répondant à ses emails et surveillant l'avancée des projets. Au bout de quelques semaines, elle commençait à ne plus supporter son domicile, les bruits de la rue et ses activités quotidiennes. « Là, j'ai compris que je devais vraiment « lâcher » ». Elle a alors organisé trois mois d'éloignement total du bureau, avec repos absolu : elle laissait son mari faire les courses, et s'est désengagée de toutes les activités qu'elle s'imposait, y compris auprès de ses amies. Après avoir réussi à lâcher prise, comment organiser son quotidien pour combler ce vide d'activité ? Le Dr Baumann insiste sur la nécessité d'apprendre à apprécier d'autres sources de plaisir, et à les rechercher. Cela préviendra la rechute une fois que la personne sera capable de travailler à nouveau ; car elle reste fragile et susceptible de faire un nouveau burn-out, qu'elle l'admette ou non. « C'est là le propre de ces « maladies » sociétales nouvelles - comme le harcèlement moral ou le bore-out » [un ensemble de souffrances qui naissent de l'ennui profond au travail]. Elles imposent aux victimes des questions essentielles et perturbantes : « Pourquoi cette place du travail dans ma vie ? Qu'est-ce que je cherche vraiment à prouver ? ».

Un trouble qui affecte la santé physique autant que psychique

Dans son ouvrage « L'Après Burn-Out », le Dr Baumann explique que le traitement de l'épuisement profond ne saurait être uniquement comportemental, comme s'imposer des vacances et se trouver des hobbies. Ce trouble est bien plus complexe car il se niche à la croisée du physique et du mental. Patrice Légeron, psychiatre à l'hôpital Sainte-Anne à Paris et auteur de « Le Stress au travail » (Éd. Odile Jacob), envisage cette complexité sous l'angle des disciplines concernées : « le burn-out est un trouble repéré en sociologie », et ne fait pour l'instant partie d'aucune classification en psychiatrie. Autrement dit, le terme n'a pas encore reçu de définition médicale. Est-ce un type de dépression nerveuse, de trouble de l'adaptation avec humeur dépressive (TAHD) ? Ou encore un nouveau trouble lié au stress mais encore non répertorié ? Ce flou empêche de poser un diagnostic du burn-out comme trouble mental, et donc de mesurer l'importance du phénomène : d'estimations en recensements de divers instituts, on se situe entre 300 000 et 3 millions de malades.

Le burn-out, une maladie uniquement professionnelle ?

La délimitation de ce trouble en termes médicaux a toute son importance, ne serait-ce que pour sa prise en charge. En France, on a tendance à l'associer à une maladie professionnelle car l'on privilégie traditionnellement une analyse sociétale des troubles. C'est l'employeur qui est vu comme responsable. En Grande-Bretagne et dans d'autres pays anglo-saxons, en revanche, on reconnaît plus largement le burn-out dans l'épuisement dû à une activité trop intense, comme celle des mères au foyer. Or, les études médicales dont dispose Patrick Légeron associent le burn-out à 60% à l'environnement, certes, mais à 40% à l'individu. C'est ainsi que, dans son service de psychiatrie de l'hôpital Sainte-Anne (à Paris), on part du principe que le stress est toujours le produit d'un environnement et d'une personne en particulier. « Le syndrome de burn-out ne survient pas chez n'importe qui », mais avant tout chez les personnes qui vivent leur relation au travail, mais aussi à l'amitié, aux activités, comme un combat constant... Et une addiction. L'une des conséquences est qu'elles mettent trop d'elles-mêmes dans leur vie professionnelle. L'organisation nouvelle du travail est certainement à blâmer. Le tout-connecté, le tout-évalué, la course à la performance sont des conditions propices au développement de l'épidémie. Patrice Légeron blâme particulièrement le management « à la française », où les sentiments de fierté au travail et d'accomplissement personnel ne sont pas assez encouragés. La relation au travail y est moins saine que dans des environnements anglo-saxons, où les salariés sont encouragés à s'épanouir hors du bureau par des hobbys, et dans la vie desquels le travail prend beaucoup moins de place. Mr Légeron n'appelle pas de ses vœux une entreprise qui couverait chaque salarié, mais simplement « intelligente émotionnellement ». Il demande que, comme nos voisins, nous produisons des structures à l'écoute, capables de soutenir et de motiver, mais aussi de créer du sens pour leurs salariés, et de repérer les éventuelles souffrances.

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17 commentaires - Burn-out : comment le détecter ?
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    cldefr -

    pourquoi une intonation anglaise à un symptôme que l'on dit plutôt français, à les mystères de la langue. C'est effectivement un problème posé à la société...

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    carsil -

    Douze étapes dans l'épuisement professionnel. J'en était à la onzième quand une chute m'a envoyée aux urgences. Prise en charge par un corps médical au complet, deux opérations et onze mois après je reprends le travail dans dix jours.
    On parle souvent de dépression mais le plus GRAVE, c'est le mal que nous faisons à notre corps, pour satisfaire un patron dont le seul but est de vous détruire pour de pas avoir cédé à son exigence. Quand on a compris cela , notre santé devient précieuse et avec un changement de hiérarchique je sais pouvoir reprendre mon poste. Merci au chirurgien qui a tout compris de suite.

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    thierman -

    Il y a toujours un avant et un après burn-out....
    Difficile de s'en protéger et difficile de l'identifier.
    Les entreprises sont exigeantes, intransigeantes et la vie moderne en rajoute toujours...
    Il faudra un jour prendre conscience que la vie est faite de plein de choses dont le travail mais, comme tout, à consommer en toute modération et que dans les entreprises aussi il y a beaucoup de mal traitance.
    Les mentalités prendront beaucoup d'années pour changer....

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    larevolte -

    Même avec ce pseudo, personne n'est épargné, et j'en fais partie. J'ajoute une TS sur mon lieu de travail avec arme à feu à 22H30 dans mon bureau. Même dans les collectivités territoriales, rien n'est simple et l'absence totale de réponse aux actions menées te bourre le cerveau d'actes irrationnels, même lorsque l'on est responsable d'une famille de 3 enfants. Courage à vous tous, pour moi, c'est l'action juridique aujourd'hui reconnue qui prend le relai.

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    elpibo -

    Bonjour,
    je viens de tous lacher après 17 ans de management, trop de préssion, 50h éffectives pour 35 h payées sans compter le travail à la maison! Epuisé de cette tyrannie, je n'ai pas vu grandir mes enfants ces dix dernières années. Je me suis remis sur le marché du travail avec un salaire de misère et des fin de mois difficilles, mais je suis avec mes proches et je profite de chaque moment de liberté.
    Nous n'avons qu'une vie !!! Le monde du travail pour ceux qui veulent bien s'investir, est devenu de l'esclavage moderne.

    Bonne année et longue vie à tous.

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