La mode du « gluten free »

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Certaines personnes ne souffrant pas de la maladie cœliaque voient leur état de santé s'améliorer avec un régime sans gluten.
«Gluten free» : effet de mode ou réalité médicale ?
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Certaines personnes ne souffrant pas de la maladie cœliaque voient leur état de santé s'améliorer avec un régime sans gluten.
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Egalement appelée maladie cœliaque, l'intolérance au gluten ne provoque pas de réaction violente immédiate. «C'est une maladie sournoise à diagnostiquer : la pluralité des symptômes, leur intensité variable ou parfois même leur totale absence rendent son identification très difficile. C'est souvent l'apparition de complications associées comme les douleurs abdominales, de la diarrhée, l'anémie, ou un soudain amaigrissement qui permet de la détecter», explique le Pr Christophe Cellier, gastro-entérologue à l'Hôpital européen Georges Pompidou à Paris.

Par ailleurs, la confusion ambiante régnant autour des diverses pathologies liées au gluten complique la donne pour les médecins généralistes. «Souvent, les gens s'auto-diagnostiquent et dans de nombreux cas l'intolérance au gluten est confondue avec l'allergie au blé - qui est une pathologie semblable à toutes les autres allergies alimentaires - ou avec ce que l'on appelle l'hypersensibilité au gluten, qui provoque des réactions telles que des maux de ventre chez les personnes qui en consomment», souligne le gastro-entérologue.

Distinguer l'allergie de l'intolérance alimentaire

«Jusqu'à 8 % des enfants sont atteints d'une allergie alimentaire pour 4 % des adultes», note le Dr Catherine Quequet, allergologue. Cela n'a rien à voir avec l'intolérance alimentaire qui est une réaction immunitaire anormale, entraînant la production d'anticorps dirigés contre les protéines du gluten. Cela crée une inflammation au niveau des cellules des villosités intestinales, petites structures de l'intestin qui permettent l'absorption de la majeure partie des nutriments, des vitamines et des minéraux. Cette atteinte des villosités intestinales qui peut aller jusqu'à leur destruction complète altère l'absorption des nutriments essentiels à l'organisme (fer, calcium, vitamines A, D, E, et acide folique).

«Dans la vraie allergie alimentaire, ce sont des mécanismes immunitaires bien différents qui interviennent : ceux impliquant la production d'anticorps IgE. L'organisme se met à fabriquer des défenses contre une protéine alimentaire jugée dangereuse (à tort) et il s'ensuit des réactions en chaîne, aboutissant à la libération d'histamine. Cette substance provoque, au maximum dans les deux heures qui suivent l'ingestion, une dilatation des vaisseaux sanguins, d'où rougeur, démangeaisons et gonflements.», explique le Dr Jean-François Fontaine, allergologue attaché à l'hôpital de Reims et secrétaire général de l'Association nationale de formation continue en allergologie.

Y-a-t-il un réel intérêt à bannir le gluten de son alimentation ?

Au final, en France, sur les 5% de personnes qui se croient concernées par l'intolérance au gluten seules 1% le sont vraiment, soit 600.000 personnes. Et le récent engouement de la population pour les aliments sans gluten ne facilite pas la tâche des généralistes, bien au contraire. «La mode du «sans gluten» banalise la maladie, explique Catherine Remilleux-Rast, vice-présidente de l'AFDIAG, il est nettement plus difficile de diagnostiquer cette maladie chez quelqu'un qui a déjà retiré le gluten de son alimentation». Mais si le simple fait de bannir la protéine des repas permet d'éradiquer tous les symptômes et risques liés à l'intolérance, «ce régime est très difficile à suivre, contrairement aux idées reçues», poursuit la vice-présidente.

Comme souvent lorsqu'il s'agit d'une passade, ce ne sont pas les raisons médicales qui priment, mais les croyances selon lesquelles le régime sans gluten serait meilleur pour la santé qu'un régime normal et équilibré. Aussi, la tendance «gluten free» reste une énigme pour bon nombre de médecins parmi lesquels, le Pr Cellier: «Je n'ai aucune explication rationnelle à donner, je ne comprends pas cette mode des régimes d'exclusion. Le gluten n'a aucune valeur nutritive : en consommer ou non n'apporte rien de plus, rien de moins. Le «zéro gluten» est indispensable pour les malades mais pour le reste, je pense que c'est surtout un argument marketing».

Vers un meilleur quotidien sans gluten

Probablement porté par des préoccupations marketing, le quotidien des « vrais » intolérants au gluten s'adoucit néanmoins grâce à la multiplication des solutions pour contourner cet allergène, comme l'ouverture de restaurants ou la diversification des produits sans gluten.

Le restaurant Helmut Newcake situé dans le Xe arrondissement de Paris est l'un des premiers à avoir adapté sa carte et à avoir réalisé des mets sans gluten.

À l'Association française des intolérants au gluten (AFDIAG), on prend très à cœur l'importance d'un régime adapté. «Nous souhaitons que les gens puissent cuisiner seuls, chez eux, comme tout le monde et avec le moins de contraintes possibles», explique la présidente de l'association, Brigitte Jolivet. Recettes de cuisine adaptées, liste des produits autorisés, vidéos explicatives, le site Internet de l'association ne lésine pas sur les conseils nutritionnels. Des ateliers culinaires pour apprendre à concocter des petits plats sans gluten sont régulièrement organisés et ouverts à ses membres. «Une fois par mois, huit participants viennent apprendre à faire du pain, de la brioche et des pâtisseries avec des farines sans gluten, qui demandent un véritable tour de main», raconte Brigitte Jolivet.

Dans les rayons des supermarchés ou sur Internet, des produits contrôlés par l'AFDIAG et tamponnés «sans gluten» se multiplient. Des biscuits aux farines bio, en passant par des pâtes et du couscous sans gluten, «plus de 50 sociétés de grandes marques et de produits diététiques ont aujourd'hui notre label, explique la présidente de l'association. Ce logo est très important, car il facilite grandement les courses des patients, qui ont la garantie d'avoir un produit sans gluten.»

Intolérante au gluten depuis son enfance, Marie-Christine Martin a noté de nombreux changements ces dernières années. «Les produits se sont diversifiés dans les magasins. Le grand public a une meilleure connaissance de la maladie, remarque cette puéricultrice de 50 ans. Avant, quand je commandais un plat au restaurant, personne ne comprenait ce que j'avais, les gens pensaient que je faisais un régime amaigrissant. Aujourd'hui, les serveurs sont beaucoup plus à l'écoute, et je ne suis plus obligée d'expliquer systématiquement ma maladie», raconte-t-elle.

L'effet Djokovic : un trouble associé au gluten

En France, près de 80% des personnes intolérantes ne seraient pas diagnostiquées, faute de symptômes, selon les derniers chiffres de l'Association française des intolérants au gluten (AFDIAG). En revanche, «nombreux sont ceux qui s'autoproclament malades, sans avoir fait de test sanguin, souligne Brigitte Jolivet. On voit aussi des stars suivre des régimes sans gluten, c'est une grande mode en ce moment.»

Et, pour preuve, depuis que Novak Djokovic a été diagnostiqué intolérant au gluten et qu'il a éliminé la pizza, les pâtes et le pain de son alimentation, le numéro 1 mondial de tennis enchaîne les victoires et inspire d'autres sportifs, comme Sabine Lisicki et Andy Murray, qui se sont également mis au régime sans gluten. Effet de mimétisme ou pas, la présidente de l'association recommande toutefois de «manger normalement et de faire une prise de sang pour détecter les anticorps responsables de cette maladie auto-immune».

Bannir le gluten, «ce n'est pas un régime plus sain pour ceux qui n'en ont pas besoin», confirme le Dr Guandalini, directeur médical du Centre sur la maladie cœliaque de l'université de Chicago. Ces gens «suivent une mode, pour l'essentiel». Néanmoins, il reconnaît que certaines personnes ne souffrant pas de la maladie cœliaque voient leur état de santé s'améliorer avec un régime sans gluten. Et de de nombreux experts médicaux s'accordent à dire qu'il existe un trouble associé au gluten autre que l'intolérance bien connue.

En 2011, un panel de spécialistes de la maladie cœliaque s'est réuni à Oslo et a convenu d'un terme médical pour qualifier ce trouble : la sensibilité (ou intolérance) au gluten non cœliaque. On ignore cependant combien de personnes souffrent d'une telle sensibilité, quels sont ses effets à long terme, ou même, comment peut-on l'identifier de façon fiable ?

<b>La maladie</b> La définition est moins un diagnostic qu'une description : elle concerne toute personne ne souffrant pas de la maladie cœliaque mais dont la santé s'améliore lorsqu'elle suit un régime sans gluten et se détériore dès que la consommation de gluten reprend. Il pourrait même s'agir de plusieurs maladies. «Nous n'avons aucune certitude à ce stade», déclare le Dr Stefano Guandalini. Le gluten n'a pas fini de faire parler de lui.

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