Les dangers méconnus des produits cosmétiques

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Par règlement européen, les industriels des cosmétiques doivent garantir l'innocuité bactériologique de leurs produits. Les laboratoires recourent donc aux conservateurs, choisis parmi une liste de substances autorisées.
Comment se déclenche une allergie ?
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Par règlement européen, les industriels des cosmétiques doivent garantir l'innocuité bactériologique de leurs produits. Les laboratoires recourent donc aux conservateurs, choisis parmi une liste de substances autorisées.
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Savez-vous si la crème que vous utilisez chaque matin présente des risques pour votre santé ? Prêtez-vous attention à la composition des cosmétiques que vous achetez ? Pour la majorité d'entre nous, la réponse est non. Nous faisons confiance aux réglementations, notamment européennes, qui s'appliquent au secteur.

De quoi s'agit-il de se protéger, au juste ? Le risque le plus avéré est l'allergie de contact, mais certains produits pourraient également favoriser des troubles neurologiques, des perturbations du système hormonal ou l'apparition de cancers.

De allergènes omniprésents : de plus en plus de personnes sensibilisées

« On n'a jamais retiré les cacahuètes du marché parce que certains y sont allergiques... », fait remarquer le Dr Christine Lafforgue (UFR pharmacie, Châtenay-Malabry). Dans le cas des cosmétiques, on considère qu'un produit en circulation ne doit pas dépasser un certain taux dit de sensibilisation. Il correspond à la proportion de la population qui est devenue hypersensible à l'un de ses composants, et dont le moindre contact avec lui déclenche eczéma et démangeaisons.

On est dit allergique lorsque l'on a dépassé ce seuil de sensibilisation. « Au-delà de 3% [de la population], c'est inacceptable », précise le Pr Jean-Pierre Lepoittevin (laboratoire de dermatochimie, université de Strasbourg). Or, le taux de sensibilisation à certains composants croît de façon fulgurante, à commencer par celui des conservateurs. Celui qui inquiète le plus les dermato-allergologues est la MIT, pour méthylisothiazolinone : la proportion de personnes sensibilisées à la MIT a dépassé 12% en Grande-Bretagne et en Finlande, après avoir décuplé en seulement quatre ans !

Les conservateurs et les parfums (les terpènes, le lyral ou la mousse de chêne par exemple) sont responsables des deux tiers des allergies aux cosmétiques. Sont aussi montrés du doigt les produits pour cheveux, notamment les colorants contenant de la PPD (paraphénylènediamine) ou ses dérivés. Fortement allergisante, la PPD est aussi la base du « henné noir » des tatouages temporaires, qui n'est de fait pas du henné. On peut encore citer les cosmétiques pour faux ongles : les résines de méthylmétacrylate étant très allergisantes avant le passage du produit à la chaleur, la réaction touche très fréquemment les professionnelles des salons de beauté qui les manient. Enfin, les filtres solaires tels que l'octocrylène semblent favoriser la photosensibilisation.

Les allergènes sont donc partout. Or, une fois sensibilisé, on ne revient pas en arrière : tout nouveau contact avec l'allergène provoquera des rougeurs et un prurit (démangeaisons).

Une insuffisance des connaissances sur les risques d'affections graves : cancers, régulation hormonale...

Si l'allergie peut être très handicapante au quotidien, d'autres affections encore plus sérieuses, et aux ressorts moins connus, sont à craindre.

L'aluminium, par exemple, est un antitranspirant très efficace mais il pourrait avoir un rôle dans le déclenchement du cancer du sein. Les chercheurs manquent de données solides, et les études présentent de nombreux biais. C'est donc une limite relativement arbitraire qui a été fixée à sa concentration...

Les nanomatériaux sont quant à eux de plus en plus utilisés comme filtres, tels le dioxyde de titane. Les craintes concernant l'ingestion et l'inhalation de nanoparticules sont fondées, comme le montrent les études sur la pollution atmosphérique. Mais qu'en est-il du passage par la peau ? Elles ne semblent pas la traverser entièrement : « quand elles pénètrent, c'est dans le follicule pileux et la glande sébacée, d'où elles sont rejetées avec le sébum. Ailleurs, elles ne dépassent pas la couche inférieure de la couche cornée », explique le Dr Lafforgue. « Il y a moins de certitudes avec les pigments de taille nanoparticulaire, qui se transforment pour modifier la couleur, le moiré, parce qu'on ne connait pas bien ce processus ».

Enfin, les perturbateurs endocriniens font l'objet des plus sérieuses inquiétudes. Ces substances, comme leur nom l'indique, peuvent interférer avec le système de régulation hormonale, et avoir des effets délétères sur le système reproducteur. Ils sont soupçonnés dans des cas de cancers hormono-dépendants (sein, prostate...) et de maladies métaboliques.

Or, ils seraient présents dans 40% des cosmétiques, et l'on en dénombre au moins 800. Au moins, car il n'existe pas encore de seuil ou d'ensemble de critères officiels permettant à Bruxelles de classer une substance comme perturbateur endocrinien ou non.

Pourquoi cette classification prend-elle autant de temps, alors que les risques semblent si élevés ? À nouveau, ce sont la quantité et la pertinence des données qui pèchent. « Les évaluations actuelles s'appuient sur les tests in vitro et sur les données animales qu'on extrapole à l'homme », explique le toxicologue Christophe Rousselle (Anses). « Pour qu'une substance soit classée comme perturbateur endocrinien avéré, il faut disposer d'études de toxicité animale probantes. » Or, il est interdit depuis 2013 de lancer de nouvelles expérimentations animales : au fur et à mesure que des produits nouveaux seront élaborés, les données seront de plus en plus partielles.

« Le problème, c'est qu'on ne sait pas ce qu'on cherche », regrette le Dr Lafforgue. « On connaît très mal le métabolisme cutané, qui reste une vraie boîte noire ».

Etiquetage, lobbying et contre-lobbying

Certes, plusieurs produits font l'objet de réglementations communautaires. La Commission européenne a interdit dans les cosmétiques cinq parabènes (utilisés comme conservateurs) « faute de données permettant leur réévaluation ». Deux autres, le propylparaben et le butylparaben, ont vu en avril 2015 leur concentration réduite et leur usage restreint dans les produits pour bébés.

Pour les parfums, une liste répertorie 26 allergènes dont la mention sur l'étiquette est obligatoire. Celle de la MIT, évoquée en début d'article, est également imposée mais uniquement sur les produits cosmétiques : on peut se retrouver couvert d'eczéma après avoir utilisé un détergent, un produit de vaisselle ou après avoir repeint son plafond car de nombreux liquides ménagers en contiennent également.

Au-delà des étiquettes, précise le Pr Annick Barbaud (CHU de Nancy), « il faudrait supprimer [la MIT] de tous les cosmétiques laissés au contact de la peau, et la réduire très fortement dans ceux qui sont rincés ». « L'exposition globale du consommateur est [...] très élevée, et dépasse largement ce qui est acceptable en termes de sécurité », ajoute le Pr Lepoittevin.

Selon lui, c'est malheureusement davantage « un enjeu marketing » qui a guidé le retrait de parabènes au niveau de Bruxelles, que des « données toxicologiques solides sur leur effet perturbateur », puisqu'elles font défaut. La Société française de dermatologie et le Conseil scientifique sur la sécurité des consommateurs (CSSC) de Bruxelles tirent pourtant de façon répétée la sonnette d'alarme.

Le principal obstacle ? Selon le Pr An Goosens (hôpital de Louvain, Belgique) : « ce dossier fait l'objet d'un lobbying incroyable des industriels du secteur, qui tiennent à ces produits efficaces même à faible dose et ne veulent pas avoir à reformuler leurs produits ».

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14 commentaires - Les dangers méconnus des produits cosmétiques
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