A Limoges, des prothèses crâniennes en céramique

A Limoges, des prothèses crâniennes en céramique©Pascal Lachenaud

publié le 29 juillet 2014 à 19h07

Un employé de l'entreprise 3D Céram tient un implant en céramique pour remplacer une partie de l'os du crâne, le 26 juillet 2014

Une prothèse crânienne en céramique, imaginée à Limoges, ville berceau de la porcelaine, révolutionne la chirurgie maxillo-faciale grâce à une technologie de pointe, si parfaite qu'elle dupe l'organisme lui-même.

"Avec cette prothèse, on est passé de la préhistoire à la chirurgie réparatrice 2.0", résume Joël Brie, médecin au service de chirurgie maxillo-faciale du CHU de Limoges, qui a développé cette prothèse crânienne avec l'entreprise 3D Céram.

Voilà plus de dix ans que le médecin travaille avec 3D Céram sur cette "prothèse ostéo-conductrice", qui permet de soigner des patients ayant perdu plus de 15% de la surface du crâne.

Le pari est en passe d'être réussi: "Sur les 17 premiers patients opérés depuis 2005, nous avons zéro infection", assure le spécialiste.

"La meilleure reconstruction est certes toujours celle faite avec l'os du patient, mais parfois celui-ci comporte un risque infectieux", relève-t-il. Autrement dit, avant l'invention de cette prothèse, la médecine n'apportait pas de réponse satisfaisante à toute une frange de patients.

"On peut vivre avec une partie du crâne en moins, comme on peut vivre avec certaines malformations graves du crâne, mais en dehors du fait que c'est inesthétique, il y a des risques de santé. Ces patients sont souvent victimes des symptômes d'un grand traumatisé: maux de tête, vertiges, irritabilité, trouble de la concentration, épilepsie", explique le chirurgien.

- Un crâne plus vrai que nature -

Quand il rencontre Christophe Chaput, cofondateur de 3D Ceram à Limoges en 1998, Joël Brie y voit l'allié pour répondre à la question qui l'obsède: comment rendre à ces patients, une centaine de cas en France chaque année, un crâne plus vrai que nature?

3D Ceram peut, grâce à une machine développée à partir de la technologie mise au point par le laboratoire SPCTS (Science des procédés céramiques et de traitements de surface) concevoir "une modélisation numérique en trois dimensions de la partie manquante du crâne". En 48 heures maximum l'objet est ensuite modelé au laser, avant cuisson, explique Christohe Chaput.

"La machine crée l'objet par tranches de 25 microns, soit un quart de cheveu d'épaisseur, avec une telle précision que la découpe est pour ainsi dire sur mesure", ajoute-t-il.

L'obsession du médecin étant de trouver le matériau le moins inflammatoire, donc le plus biocompatible, dans lequel l'os peut pousser et se fixer durablement, 3D Céram a ajouté à sa prothèse des centaines de micro-trous en périphérie, formant une véritable dentelle impossible à reproduire sans cette technologie. C'est cette porosité de près de 60% qui en fait la véritable valeur ajoutée.

"L'os est capable de s'agripper dans un matériau comme la céramique et lorsqu'il est lésé il ne repoussera pas sur plus d'un centimètre, mais on sait aussi qu'un pont osseux d'un centimètre est suffisant pour garantir la solidité de l'implant. Grâce à cette porosité, au bout de six mois, l'os a recolonisé environ 25% des zones poreuses et la prothèse fait partie intégrante du patient", se félicite le Dr Brie.

"Le surcoût induit est largement amorti par la réduction quasi-totale du risque infectieux, la rémission est moins risquée, le patient coûte donc moins cher à la sécurité sociale", argumente-t-il, bien qu'une opération coûte entre 10.000 et 18.000 euros selon les implants, ce qui oblige le Dr Brie à trouver des partenaires supplémentaires au CHU de Limoges pour le financement.

Fort d'un essai clinique couronné de succès en 2009, il continue donc d'opérer des patients venus de toute la France, pris en charge par le seul budget "innovation" du CHU.

En juillet 2013, il a publié le résultat de ses recherches dans la revue scientifique Journal of Cranio-Maxillo-Facial Surgery. Lorsqu'il aura réuni un échantillon de 30 patients, Joël Brie pourra compiler des statistiques sur les +plus+ de cette technologie.

Le CHU de Lille ou encore celui de Toulouse se sont montrés intéressés. Dans ce dernier établissement, le Pr Franck Boutault, chef du service de chirurgie maxillo-faciale, estime que le matériau utilisé à Limoges a la meilleure interface avec les tissus vivants. Ce chirurgien, qui utilise des prothèses en Peek (PolyEtherEtherKetone, polymère biocompatible) également issues de la technologie de l'impression 3D, s'interroge sur la "solidité de la prothèse". Raison pour laquelle il souhaiterait pouvoir expérimenter la méthode et "faire une étude comparative ambitieuse".

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