Après dix ans d'atermoiements coûteux, le dossier médical personnel relancé

Après dix ans d'atermoiements coûteux, le dossier médical personnel relancé©Philippe Huguen

publié le 15 octobre 2014 à 17h10

Une patiente en consultation chez son médecin, le 25 septembre 2012 à Godewaersvelde

Après dix ans d'atermoiements, le dossier médical personnel doit faire peau neuve dans le projet de loi de Santé présenté mercredi en conseil des ministres par Marisol Touraine, décidée à relancer ce carnet de santé numérique coûteux au succès mitigé.

Confié lors de son lancement à l'Agence des systèmes d'information partagées de santé (Asip), le DMP doit passer dans le giron de l'Assurance maladie, "mieux à même d'en assurer le déploiement", selon une récente version du projet de loi.

Rebaptisé dossier médical partagé, il doit, comme son prédécesseur, "favoriser la coordination des parcours de santé", le nouveau texte "créant les conditions d'une meilleure circulation des informations entre professionnels".

L'enjeu est de taille. Le DMP d'origine reste boudé par les praticiens et méconnu des patients: mi-octobre, seuls quelque 495.000 dossiers ont été ouverts depuis 2011, moitié moins que le nombre visé par l'Asip... dès 2013.

Des résultats d'autant plus critiqués que la mise en oeuvre du DMP aurait déjà coûté près d'un demi-milliard d'euros depuis 2004, selon des rapports de la Cour des Comptes et du Conseil national de la qualité et de la coordination des soins.

Sur le papier, le DMP avait pourtant tout pour plaire. Regroupant les données médicales de chaque patient (synthèse du médecin traitant, résultats d'analyses, radios, comptes rendus de soins hospitaliers) dans un dossier électronique, il devait permettre d'éviter les examens redondants ou les interactions médicamenteuses, en favorisant les échanges entre professionnels.

Avec à la clé, un meilleur parcours de soins pour le patient et de substantielles économies pour l'Assurance maladie. Des "milliards d'euros", prévoyait même en 2004 Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la Santé et instigateur du projet.

Dix ans plus tard, aucun médecin ne remet en question la pertinence du dispositif, correspondant "à un réel besoin", selon Luc Duquesnel, président de l'Union nationale des omnipraticiens français, branche généraliste de la Confédération des syndicats médicaux français.

Mais "il y a eu une erreur de conception au départ", clame Claude Leicher, président de MG France.

Outre le "manque d'ergonomie" du dossier, pas toujours compatible avec les logiciels des médecins ou des établissements hospitaliers, les deux syndicats dénoncent l'absence de hiérarchisation des informations qu'il contient.

Le patient et les professionnels de santé pouvant y accumuler tous les documents qu'ils souhaitent, on se retrouve avec non pas "un dossier" mais un système "d'archivage", illisible lors d'un passage aux urgences, par exemple. "Imaginez une armoire avec 500 chemises dedans", renchérit Luc Duquesnel.

Pour résoudre ce problème, le projet de loi assure que "l'enjeu du DMP 2 est de définir le socle d'informations" qui doit y figurer. Il ouvre aussi l'accès au dossier à "des professionnels des secteurs sanitaire et médico-social" au sein d'une "équipe de soins".

- "De profonds changements culturels" -

Aujourd'hui les DMP sont plutôt vides, avec environ cinq documents en moyenne, selon l'Asip. Seuls 6.000 professionnels de santé l'utiliseraient."Pourquoi les médecins alimenteraient un DMP si on sait qu'il n'y a rien dedans", relève Luc Duquesnel.

Autre défaut, le DMP serait "chronophage", les médecins consacrant une quinzaine de minutes à l'ouverture d'un dossier. D'où la nécessité d'une rémunération supplémentaire, selon les syndicats.

Si ces derniers se disent satisfaits de voir l'Assurance maladie prendre en charge la gestion du DMP, à l'Asip on regrette le manque d'implication des pouvoirs publics, désormais tournés vers un "DMP 2" avant même d'avoir "réellement lancé" le premier.

"Il a manqué une stratégie publique suffisamment claire", déplore Anne Monnier, de l'Asip. Elle rappelle qu'une campagne de communication nationale est prête depuis longtemps et n'attend que le gouvernement pour "appuyer sur le bouton".

Pour elle, le déploiement du dispositif nécessite du temps car il implique de profonds "changements culturels" dans la façon dont les professionnels de santé, qui craignent le jugement de leurs pairs, collaborent.

Des regrets partagés par Christian Saout, ancien président du Collectif interassociatif sur la santé. "Il n'y avait pas grand chose à faire pour que ça marche. Dire que parce qu'on change le nom et la gestion +ça va marcher+, cela me paraît un peu court".

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