Belgique: pas d'euthanasie pour le violeur en série interné

Belgique: pas d'euthanasie pour le violeur en série interné©Virginie Lefour

publié le 06 janvier 2015 à 21h01

Le violeur et meurtrier belge Frank Van Den Bleeken, interné depuis 26 ans, le 25 novembre 2013 à Bruxelles devant la justice

Un violeur et meurtrier belge interné depuis des décennies ne sera finalement pas euthanasié dimanche, ses médecins ayant renoncé à poursuivre une procédure qui suscitait la polémique en Belgique, l'un des rares pays au monde à autoriser l'aide active à la fin de vie.

Frank Van Den Bleeken, 52 ans, avait opté pour l'euthanasie faute de pouvoir être traité dans un établissement psychiatrique spécialisé aux Pays-Bas comme il le demandait. Le gouvernement belge a toutefois fait savoir mardi que cette perspective était à présent ouverte à court terme.

L'homme, qui a commis plusieurs viols, dont un suivi de meurtre en 1989, a déjà passé 26 années dans les annexes psychiatriques de prisons belges, faute de place dans des institutions médicales appropriées dans son pays.

S'estimant incurable et dangereux pour la société, mais jugeant ses conditions de détention "inhumaines", il avait donc demandé à être soigné dans un établissement spécialisé néerlandais.

Mais, faute d'accord entre les deux pays, ce transfert lui avait été refusé par la justice belge l'an dernier. Estimant dès lors n'avoir pas d'autre issue, il avait fait valoir son droit à l'euthanasie en vertu de la loi de 2002, qui l'autorise en cas de "souffrance physique ou psychique constante et insupportable".

Trois experts psychiatres avaient donné leur aval, estimant qu'il n'y avait pas d'espoir que sa maladie prenne fin. Un médecin avait accepté de la mettre en œuvre dans l'aile médicale de la prison de Bruges (nord-ouest) dimanche prochain.

- La Belgique pointée du doigt -

Mais depuis cette annonce samedi dernier, des médias internationaux ont de nouveau pointé du doigt la loi qui avait fait de la Belgique le deuxième pays, après les Pays-Bas, à légaliser l'euthanasie.

L'extension au printemps dernier de l'euthanasie aux enfants atteints d'une maladie incurable, sans limite d'âge, avait suscité de nombreuses incompréhensions à l'étranger.

Le gouvernement belge n'a le pouvoir ni d'autoriser ni d'interdire les euthanasies individuelles, la décision relevant uniquement du corps médical. Il a observé un silence total jusqu'à ce que le ministre de la Justice, Koen Geens, annonce mardi que les médecins de Frank Van Den Bleeken avaient "décidé de ne plus continuer la procédure d'euthanasie".

Le ministre n'a fourni aucune précision sur les motifs de ce revirement, indiquant seulement que "les motivations personnelles de cette décision relèvent du secret médical".

Mais Koen Geens a expliqué avoir "décidé" de transférer Frank Van Den Bleeken vers le tout nouveau Centre Psychiatrique légal de Gand (ouest), une option que le violeur avait jusqu'ici refusée.

Le ministre a ajouté qu'à la suite de récents contacts avec La Haye, "une claire perspective d'un transfert rapide vers un centre spécialisé dans les longs séjours d'internement" aux Pays-Bas s'était fait jour.

Koen Geens a promis le lancement d'un "plan en vue de l'organisation d'une capacité concrète d'accueil en Belgique" des internés souffrant de troubles psychiques profonds, alors que le pays a été condamné une quinzaine de fois par la Cour européenne des droits de l'Homme pour ses graves carences dans ce domaine.

- 'Peine de mort déguisée' -

La polémique enflait aussi en Belgique, où plus de 1.800 euthanasies ont été pratiquées en 2013. Le collectif "Les dossards jaunes", proche des milieux conservateurs catholiques, s'est saisi de l'affaire pour réclamer une "révision sans délai" de la loi et un meilleur contrôle de son application.

Même les mouvements favorables à l'euthanasie ont dénoncé un dévoiement de la loi si elle était appliquée à ce cas très particulier. "Ce serait une sorte de peine de mort déguisée, armée par le manque d'investissement de l'Etat dans des soins adéquats", s'est insurgé le président de la Ligue belge des droits de l'homme, Alexis Deswaef.

"Est-il exagéré d'affirmer que cette solution rapproche dangereusement notre société de la barbarie?", s'est-il interrogé, alors qu'une quinzaine d'autres internés ou détenus ont pris exemple sur Frank Van Den Bleeken pour demander une euthanasie, selon la presse belge.

Ce soubresaut du débat sur l'euthanasie en Belgique, où elle est pourtant généralement bien acceptée depuis 12 ans, intervient alors que la Cour européenne des droits de l'Homme se penche mercredi sur le sort de Vincent Lambert, un tétraplégique français de 38 ans plongé dans un état végétatif, devenu l'objet d'une tragédie familiale et d'un débat de société dans son pays.

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