Chikungunya: polémique sur l'utilisation en Guyane d'un insecticide

Chikungunya: polémique sur l'utilisation en Guyane d'un insecticide©Nicolas Derne

publié le 20 août 2014 à 19h08

Une cliente dans un magasin en Martinique vendant des anti-moustiques le 10 juillet 2014

La perspective de l'utilisation en Guyane d'un insecticide, le malathion, dans la lutte contre le moustique vecteur du chikungunya, suscite l'hostilité de centaines de citoyens, une opposition que les autorités tentent de réduire.

"Interdiction d'un insecticide toxique en Guyane": c'est l'intitulé d'une pétition citoyenne dont les initiateurs affirment avoir recueilli près de 1.000 signatures, une semaine après sa mise en ligne.

Il s'agit du malathion, un insecticide qui tue les moustiques au stade adulte, qui n'est plus autorisé en Europe depuis 2007 pour cet usage, mais l'est aux États-unis et au Canada.

Selon le dernier point épidémiologique, 1.665 personnes infectées par le chikungunya ont été recensées en Guyane. Les foyers de l'épidémie sont essentiellement urbains, Cayenne concentrant 55% des cas.

Le département de 230.000 habitants n'est pas encore au stade d'épidémie généralisée et les autorités sanitaires cherchent à gagner du temps pour préparer le dispositif de santé à une explosion des cas.

Dans la palette de mesures contre la propagation du virus, le ministère des Affaires sociales et de la Santé a autorisé mi-août l'emploi à titre dérogatoire et pour 6 mois d'un autre insecticide que la deltaméthrine habituellement utilisée mais à laquelle les moustiques (qui transmettent aussi la dengue endémique) sont devenus résistants.

L'utilisation du malathion est prévue "dans les prochaines semaines", le temps de former les agents qui le pulvériseront et de recevoir le produit, fabriqué en Europe.

Les auteurs de la pétition - des citoyens qui préfèrent garder l'anonymat - se félicitent de son "succès": "Face aux informations et déclarations approximatives et embarrassées des autorités, il est clair que l'on ne peut en rester là", ont déclaré à l'AFP les auteurs, par email.

"Nous défendons simplement les notions de débat public (libre), de transparence (réelles) et d'informations (factuelles et objectives) de la population", estiment-ils, rappelant que le malathion "se décompose en malaoxon, composé 60 fois plus toxique".

De son côté, le conseil régional de Guyane "s'interroge sur le bien-fondé de cette autorisation et sur les conséquences de l'utilisation de ce produit chimique sur l'environnement, l'agriculture et la santé". Il organise jeudi une réunion d'échanges avec les organismes scientifiques de Guyane.

- Multiples précautions à prendre -

A l'inverse, le conseil général a déjà tenté, avec la préfecture et l'Agence régionale de Santé (ARS), de faire de la pédagogie.

Christian Meurin, directeur général de l'ARS, a fait valoir que le malathion était "utilisé en Europe comme insecticide dans des cultures de légumes et de certains fruits" mais que "l'homologation n'avait pas été redemandé par son fabricant pour son usage dans la lutte anti-vectorielle".

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) en recommande aussi l'utilisation dans la lutte contre les maladies à transmission vectorielle, avec des recommandations de précaution pour les hommes et les agents d'épandage, qui seront obligés de porter des équipements de protection.

"Tous les produits insecticides, même ceux autorisés, présentent des risques pour l'environnement voire pour la santé si les conditions d'utilisation ne sont pas respectées", a rappelé M. Meurin.

La dérogation, demandée dès le 21 février par le préfet de Guyane soit le lendemain de la confirmation des premiers cas autochtones, a été décidée après avis de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) le 18 mars, du Haut Conseil de la santé publique le 9 mai et de l'Institut Pasteur de la Guyane le 28 mai.

Tous rappellent, en des termes choisis, que le malathion ne doit être utilisé que sur une durée la plus courte possible, dans un usage extrêmement encadré. Et qu'un rapport sur cette utilisation devra être rédigé.

Les trois institutions soulignent surtout qu'une lutte efficace contre le moustique Aedes aegypti doit avant tout cibler les gîtes larvaires par leur "élimination systématiques et en continu" et par l'utilisation par la population de répulsifs. Il s'agit donc de "renforcer les actions de mobilisation communautaires par tous les moyens".

Pendant plusieurs années et jusqu'en 2009, le malathion avait été pulvérisé en Guyane lors d'épidémies de dengue, également à titre dérogatoire. Mais "à la connaissance" de la direction régionale de l'environnement (DEAL), aucun rapport régional n'aurait été rédigé sur son impact sur l'environnement.

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