Crash A320: le secret médical en question en Allemagne

Crash A320: le secret médical en question en Allemagne©Philippe Huguen

publié le 30 mars 2015 à 19h03

Une patiente chez un médecin

L'Allemagne s'interroge sur un assouplissement du secret médical pour les métiers dits à risque après les révélations et les rumeurs sur l'état de santé du copilote de Germanwings.

Andreas Lubitz, ce copilote de 27 ans qui a sans doute précipité l'A320 de la compagnie allemande contre les montagnes françaises, était, selon le parquet de Düsseldorf, malade et n'aurait pas dû se retrouver dans le cockpit de l'appareil en raison d'un arrêt de travail qu'il avait gardé secret.

Les autorités judiciaires allemandes n'ont cependant toujours pas révélé la nature de cette "maladie", indiquant seulement que le jeune homme ne souffrait d'aucune maladie organique au moment de la catastrophe. Le parquet de Düsseldorf a révélé lundi que le copilote avait reçu un traitement pour tendances suicidaires dans le passé.

Selon le journal populaire Bild citant des documents officiels, le copilote a traversé un "épisode dépressif lourd" il y a six ans, pour lequel il suivait toujours un traitement "médical particulier et régulier".

Au cours du week-end, plusieurs médias ont également évoqué le fait que le jeune copilote aurait pu souffrir d'un décollement de la rétine, lésion qui aurait pu mettre en danger sa carrière.

Plusieurs responsables politiques, comme Dirk Fischer, expert des questions de transport au sein du parti conservateur d'Angela Merkel (CDU), ont réclamé que les pilotes "consultent seulement des médecins qui leur sont désignés par leurs employeurs".

Ces praticiens "devraient être libérés de leur obligation au secret dans le cadre des communications avec l'employeur et les autorités de l'aviation civile".

Le député Thomas Jarzombek, également issu des rangs de la CDU, a demandé la création d'une commission d'experts pour étudier comment doivent être pris en charge la maladie de ces personnes qui, dans leur travail, engagent la santé ou la vie des autres.

Pour le député social-démocrate (SPD), Karl Lauterbach, un professeur de médecine, il est clair qu'un médecin "a le devoir d'informer un employeur sur l'incapacité d'un collaborateur à travailler" dans le cas où celui-ci est responsable de la vie d'autrui. "Et cela vaut particulièrement en cas de maladies psychiques et d'un risque de suicide potentiel".$

Mais le quotidien Die Welt dans un éditorial souligne que "les pilotes ont également le droit (...) d'avoir une discussion ouverte avec un médecin, sans craindre que leur employeur soit tenu au courant".

"Les gens ont peur des conséquences pour leur emploi (...) souvent les entreprises ont tendance à ostraciser les employés qui souffrent de troubles" dépressifs, explique à l'AFP le Pr Philippe Courtet, spécialiste du suicide et chef du service de psychiatrie au CHU de Montpellier.

Les règles de l'Ordre allemand des médecins sont claires en la matière: "les médecins doivent garder le silence sur ce qui leur est confié ou ce qu'ils apprennent dans le cadre de leur exercice de la médecine".

La trahison de ce secret valable après la mort du patient et opposable aux membres de sa propre famille, est passible d'une peine d'emprisonnement et d'une amende.

En France, le non respect de l'obligation du secret médical peut être puni d'un an d'emprisonnement et de 15.000 euros d'amende. "Le secret médical est général et absolu" souligne le Dr Jean-Marie Faroudja, président de la section éthique et déontologique au Conseil de l'Ordre des médecins.

Aux Etats-Unis, le secret médical est un peu moins strict et peut être brisé pour des raisons éthiques.

En Allemagne, "le secret médical auquel est tenu le médecin est un bien aussi précieux que celui dont bénéficie le patient, et qui est garanti par la constitution comme un droit de l'homme", a prévenu le président de la chambre fédérale des médecins, Frank Ulrich Montgomery.

Mais il est d'ores et déjà prévu des exceptions à ce secret, notamment quand il s'agit d'éviter des "crimes particulièrement graves" ou pour prévenir le risque d'une mise en danger d'autrui.

Pour Hans-Werner Teichmüller, président de l'Union fédérale des médecins de l'aviation (DFV), si un pilote choisit de voler alors qu'il en est médicalement incapable, "je suis obligé d'en informer les autorités".

Mais cette obligation ne concerne pas l'employeur, a-t-il souligné dans une interview à la chaîne ZDF.

La semaine dernière, le patron de Lufthansa a affirmé qu'Andreas Lubitz était "à 100% capable de piloter" un avion. Il avait également déclaré que le jeune copilote avait interrompu sa formation pendant plusieurs mois, mais précisé qu'il ne pouvait en dévoiler la raison.

Lors d'une conférence de presse gouvernementale lundi, interrogée sur le respect du secret médial dans le cas de M. Lubitz, une porte-parole adjointe d'Angela Merkel a déclaré "ne pas pouvoir se prononcer sur les cas individuels concrets dans le cadre de cette conférence de presse".

Lundi, la clinique universitaire de Düsseldorf, dans laquelle Andreas Lubitz a consulté à trois reprises en février et mars dernier, a déclaré avoir transmis son dossier médical aux autorités judiciaires.

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