Crime ou soins? Verdict attendu au procès de l'urgentiste Bonnemaison

Crime ou soins? Verdict attendu au procès de l'urgentiste Bonnemaison©Gaizka Iroz

publié le 25 juin 2014 à 10h06

L'ancien docteur de Bayonne Nicolas Bonnemaison (g) au palais de justice de Pau le 19 juin 2014

Criminel transgressant "l'interdit de tuer" ou soignant "hyper-compassionel" à remercier? La Cour d'assises de Pau rend mercredi son verdict sur le Dr Nicolas Bonnemaison, jugé pour avoir abrégé la vie de sept patients, lors d'un procès qui aura paut-être fait bouger des lignes sur la fin de vie dans la dignité et l'euthanasie

Cinq ans de prison, avec sursis possible sur l'intégralité, ont été requis contre l'urgentiste bayonnais de 53 ans, dans un réquisitoire fort modéré au regard de la perpétuité, la peine légalement encourue: "Vous n'êtes pas un assassin, vous n'êtes pas un empoisonneur, au sens commun de ces termes", a lancé le Procureur général adjoint, Marc Mariée.

A l'énoncé du verdict, "il n'y aura pas de martyr, pas de héros", a promis l'un des avocats de la défense, Benoît Ducos-Ader, exhortant les jurés à imiter la "justice qui montre le chemin à la loi", comme jadis avant la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), quand les Cours d'assises acquittaient les avorteuses, les "tricoteuses" ou "faiseuses d'anges".

- "Personne ne ressortira indemme" -

Compassion, solitude de la décision médicale, mais danger de sa "toute-puissance", agonie en détails très crus, familles sous-informées par le médecin -- mais aussi familles se délestant des "extrêmes fins de vie" -- les têtes des jurés, en se retirant mercredi pour leurs délibérations, après une ultime prise de parole du Dr Bonnemaison, vont résonner de 11 jours d'audience intenses, parfois poignants, où l'impossible Graal "d'apprivoiser la mort" aura été omniprésent.

"Personne ici ne ressortira indemme de ce qui a été dit", a reconnu l'accusateur, Marc Mariée, allant jusqu'a espérer, même si "on n'est pas là pour refaire la loi", que "des choses fortes doivent sortir de ces murs", à l'adresse manifeste du législateur.

Le jugement survient au lendemain de la décision du Conseil d'Etat pour l'arrêt des soins concernant Vincent Lambert, tétraplégique en état végétatif depuis six ans,

Il intervient aussi après l'annonce le 21 juin de la mission confiée par le gouvernement aux députés UMP Jean Leonetti et PS Alain Claeys de proposer des aménagements à la loi Léonetti sur la fin de vie. Le Parlement doit être saisi avant fin 2014.

- "Débrancher un respirateur, pas un aspirateur" -

Aucune loi dans aucun pays ne permettra jamais de donner la mort à qui ne l'a pas demandée, a rappelé à la barre à Pau Jean Leonetti, père d'une loi (2005), critiquée au procès pour ses "flous", ses "espaces à élargir", mais aussi saluée comme une "avancée" en son temps, avancée "à dépasser".

Les médecins n'ont "pas attendu la loi pour combattre l'obstination déraisonnable" de soins, a contré le Dr Frédéric Chaussoy, qui lui aussi -- en 2003 -- fut poursuivi pour empoisonnement d'un patient, mais il obtint un non-lieu. Et il a rappelé, à bon entendeur, que "débrancher un respirateur artificiel, ce n'est pas comme débrancher un aspirateur ménager".

Bernard Kouchner, ex-ministre de la Santé et médecin, qui en son temps fit bouger les lignes avec ses "French doctors" sans frontières allant soigner en plein conflits sans autorisation, est venu à Pau défendre la "transgression" de médecins qui aident et soignent, les "illégalités fécondes".

Mais c'est peut-être Michèle Delaunay, ex-ministre des Personnes âgées, qui aura marqué un public nourri, en affirmant qu'au-delà de toute loi régissant la fin de vie, il y aura toujours "un interstice libre pour la conscience" du médecin seul face à l'agonie. "Un domaine où les vérités tranchées n'ont pas de mise", résumera-t-elle, en remettant à leur place y compris les fameuses "directives anticipées" écrites contre l'acharnement thérapeutique sur soi-même. "Ceux-là se sont révélés les plus forts combattants" face à la mort, dira-t-elle forte de son expérience de chef d'unité de cancérologie.

La vie. La mort. La conscience. Les jurés de Pau devraient -- en principe -- rendre leur verdict mercredi dans la journée.

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