De la vipère de Russell au cobra, les tueurs silencieux de Birmanie

De la vipère de Russell au cobra, les tueurs silencieux de Birmanie©Ye Aung Thu

publié le 11 juin 2014 à 18h06

Le charmeur de serpent Sein Tin, le 5 octobre 2013, à Rangon, en Birmanie

Oscillant au rythme du cobra royal dressé devant lui, Sein Tin se sent invincible, protégé par ses tatouages "magiques". Mais si le charmeur de serpent birman a survécu à de multiples morsures, beaucoup de ses compatriotes n'ont pas cette chance.

Vipère de Russell, bongare rayé, cobra royal ou cracheur, serpent marin: la Birmanie compte 150 espèces de serpents, dont 40 venimeuses qui peuvent entraîner l'amputation, la cécité, voire la mort.

Selon le ministère de la Santé, 7.818 personnes ont été traitées pour des morsures de serpent venimeux en 2011, dernières statistiques disponibles. Et plus de 8% des victimes en sont mortes, soit une mortalité deux fois plus élevée que la moyenne mondiale d'environ 4% selon les chiffres de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Sein Tin ne se rappelle plus vraiment combien de fois il a été mordu, une vingtaine probablement, dont quatre par un cobra royal, un des plus dangereux d'Asie.

Mais ses tatouages réalisés avec un mélange d'encre, de venin et de plantes médicinales l'ont protégé, assure-t-il avant de placer un baiser sur le haut de la tête du cobra royal qui danse devant lui.

"Les tatouages sur mon corps ont été combinés avec la médecine traditionnelle birmane (...). Cette médecine inclut du venin de toutes sortes d'espèces de serpents et aussi des herbes utilisées par la médecine traditionnelle. Ça a été injecté dans mon corps", raconte l'homme aux près de 30 années d'expérience.

Avant de prendre en charge les reptiles au zoo de Rangoun, Sein Tin a capturé pendant des décennies les dangereux reptiles dans tout le pays.

Et s'il conseille aux habitants des villes de ne pas laisser trainer de restes de nourriture, le risque est sans conteste plus grand dans les campagnes, où de nombreux serpents jouent aux caméléons sur le sable chaud des régions les plus sèches ou surtout se cachent dans les herbes hautes des régions agricoles.

"J'étais en train de faire ma récolte quand j'ai été mordu", se rappelle ainsi Phoe Nge, riziculteur de 38 ans, attaqué il y a deux ans dans son village de Nyaung Ta Chan, dans la banlieue éloignée de Rangoun.

"Je n'ai pas senti la douleur tout de suite, j'ai cru que j'avais été piqué par une guêpe. Mais quand j'ai regardé autour, j'ai vu une vipère", poursuit-il.

Avant de se rendre à l'hôpital le plus proche, il a eu le bon réflexe: bander sa blessure avec un tissu, pas trop serré. Et grâce à son identification de la coupable, la vipère de Russell qui fait le plus de victimes dans le pays, il a pu recevoir l'antivenin adéquat.

- Seul vrai remède: le bon antivenin -

Mais tout le monde n'a pas cette chance dans un pays où la majorité vit dans des communautés rurales, reculées, sans accès rapide à un système de santé de toute façon déplorable en raison de décennies de junte militaire.

Et beaucoup ne savent pas comment réagir. Il ne faut ni courir ni paniquer, "parce que cela active la circulation du sang et le venin se répand vite vers le coeur", explique le Dr Chantal Bonfils, de la clinique SOS International à Rangoun.

Il ne faut "pas brûler la plaie, aspirer, ou mettre de la glace, faites juste un bandage compressif léger", sans couper la circulation avec un garrot, poursuit-elle. Avant évidemment de rejoindre le dispensaire le plus proche, si possible en ayant identifié le serpent.

Parce que "le meilleur, et le seul traitement si vous êtes mordu est d'injecter le bon antivenin", insiste le Dr Aung Zaw, directeur adjoint d'une usine pharmaceutique dépendant du ministère de l'Industrie.

Le sérum est obtenu en introduisant du venin en faible quantité dans un animal, le plus souvent un cheval, pour ensuite collecter les anticorps produits. Mais les chevaux sont chers, alors la Birmanie s'est tournée vers les moutons.

Pour tenter de limiter la mortalité, une nouvelle installation doit être construite, qui permettra de doubler la production d'antivenins, à plus de 100.000 doses par an, contre 53.000 actuellement, selon l'OMS.

En attendant, les autorités insistent sur la prévention, comme porter des chaussures couvrant les chevilles. Des mises en garde dont Sein Tin n'a cure.

"Une personne ordinaire peut résister seulement une heure si elle est mordue par un serpent", souligne-t-il. Mais moi, avec mes tatouages, je dispose de plus de temps pour recevoir un traitement".

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