Du SRAS à Ebola, la longue marche de la Chine vers son 1er laboratoire P4

Du SRAS à Ebola, la longue marche de la Chine vers son 1er laboratoire P4©afp.com

publié le 06 novembre 2014 à 12h11

Une membre du personnel médical qui va être envoyé en Ethiopie participe à une session d'entrainement à la lutte contre Ebola à Pékin le 3 novembre 2014

Possible, l'hypothèse d'une propagation d'Ebola en Chine donne des sueurs froides aux épidémiologistes, tout en renforçant l'urgence d'y ouvrir un premier laboratoire P4, un long projet ultrasensible réalisé avec la France.

Un laboratoire P4 de haute sécurité biologique héberge des germes extrêmement pathogènes. Les chercheurs y travaillent en confinement absolu.

Celui que la Chine construit à Wuhan (centre) s'inspire du P4 de Lyon. Géré par l'INSERM, ce laboratoire a identifié en mars le virus de l'épidémie actuelle Ebola.

Il existe moins de trente "vrais P4" dans le monde, la moitié américains, selon les spécialistes pour qui l'impérieuse nécessité de celui de Wuhan fait consensus.

Le Belge Peter Piot, codécouvreur d'Ebola en 1976, juge la Chine "particulièrement vulnérable", avec sa vaste communauté en Afrique de l'Ouest et ses milliers d'immigrés africains dans sa métropole de Canton.

C'est dans le plus peuplé des pays qu'ont émergé le SRAS (pneumonie atypique) et les virus aviaires H5N1 et H7N9, sources de psychoses planétaires. Or, un P4 est l'unique moyen de manipuler des virus très pathogènes.

"La rapidité d'action est cruciale, elle peut faire basculer la situation entre une petite émergence ou une grosse épidémie", explique un expert en sécurité biologique, qui tient à conserver l'anonymat.

- 5 heures de TGV -

"Si l'on peut, en cinq heures de TGV, amener les échantillons de patients de Canton jusqu'à Wuhan, et avoir le résultat du diagnostic sept heures après, on gagne un temps précieux pour que le virus tue peu de monde".

A l'opposé, sans P4, "c'est des tractations pour la douane, des échantillons qu'il faut amener à l'autre bout de la Terre, dans la carboglace, des avions spéciaux".

Conscientes des carences, les autorités chinoises viennent d'annoncer prévoir un deuxième P4, après Wuhan.

"Un ou deux laboratoires biosécurisés de niveau 4 sont insuffisants, vu nos risques pathogènes variés", a averti Gao Fu, directeur-adjoint du Centre chinois de prévention et de contrôle des maladies (CDC).

Le laboratoire de Wuhan pourrait être inauguré en décembre et entrer en service fin 2015, au terme de réglages pointus.

Le projet, initié au début des années 2000 pour un accord signé en 2004, a suscité des réticences chez des responsables français, craignant qu'il puisse aider les Chinois à fabriquer des armes bactériologiques. Pékin a pourtant signé la convention internationale les interdisant.

De 2004 à 2010, le programme a "avancé cahin-caha", confirme un responsable, également sous couvert d'anonymat.

Le 1er juillet 2011 a finalement été posée la première pierre du chantier, ultrasensible vu les transferts de technologies opérés.

"La fuite dans la nature d'un virus à partir d'un P4 peut se comparer, en termes de dangerosité, à une petite fuite de centrale nucléaire", reprend l'expert.

- Tel un confinement nucléaire -

Pour éviter une telle catastrophe, un P4 est en dépression atmosphérique, "avec des éléments de technologie qui ressemblent exactement à ce qui se fait en confinement nucléaire".

Dans le détail, le laboratoire a été doté, sur indication de l'équipe française, d'équipements classés "sensibles" et d'autres "critiques" pour la qualité du confinement.

Les "scaphandres à pression positive" font notamment partie de la liste européenne des "biens à double usage", pouvant être utilisés tant à des fins civiles que militaires.

Pourquoi la France a-t-elle transféré à la Chine ces technologies, apparemment sans contrepartie immédiate, pour un budget total modeste, d'environ 40 millions d'euros, financé par Pékin ?

D'abord parce que "si l'on peut aider les Chinois à bloquer H7N9, H5N1, SRAS ou un prochain coronavirus, on aura fait un vrai geste pour la sécurité mondiale. Et le but final de ce laboratoire, c'est d'être intégré au réseau OMS", explique l'expert.

Ensuite parce que, comme souvent en Chine, celui qui refuse certaines conditions risque de voir s'envoler un marché.

"La France se retirerait sur la pointe des pieds, quatre ou cinq pays sont prêts à prendre sa place", assure le responsable du projet, en citant le Canada ou l'Australie.

Enfin, les Français sont convaincus que les Chinois respecteront l'accord, prévoyant un grand programme de recherche scientifique civile et des échanges réguliers.

"L'accueil de Français à Wuhan est de nature à rassurer sur ce qui s'y passe", assure le spécialiste.

"Contre les grandes pandémies, l'alliance de la France et de la Chine est nécessaire", a récemment affirmé Jean-Pierre Raffarin, invariablement loué en Chine pour sa visite en pleine crise du SRAS (2003).

A l'époque, l'OMS avait vivement critiqué Pékin pour avoir tenté de dissimuler l'ampleur de l'épidémie.

Une décennie plus tard, la Chine a au contraire été félicitée pour sa transparence face au virus H7N9.

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