E-cigarettes: l'OMS contre la vente aux mineurs

E-cigarettes: l'OMS contre la vente aux mineurs©Kenzo Tribouillard

publié le 27 août 2014 à 00h08

Une personne fume une cigarette électronique

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a recommandé mardi d'interdire la vente des cigarettes électroniques aux mineurs et leur usage dans les lieux publics fermés, estimant que celles-ci présentaient un "danger grave" pour l'adolescent et le foetus.

"L'e-cigarette présente un danger pour la santé publique" qui "requiert une attention urgente", a déclaré aux médias le directeur du département Prévention des Maladies Non Transmissibles à l'OMS, Douglas Bettcher.

"La moitié des pays membres de l'OMS, en particulier dans les pays en développement, n'ont pas adopté de mesures", "ce qui est très préoccupant", a-t-il ajouté, soulignant qu'aucune preuve ne permettait de démontrer que ces produits aidaient à arrêter de fumer.

En outre, les produits présents dans les e-cigarettes, en particulier la nicotine, ne sont pas sans danger, a-t-il relevé.

"Les données existantes montrent que l'aérosol produit par les inhalateurs électroniques de nicotine", dont les cigarettes électroniques sont le prototype le plus fréquemment utilisé, "n'est pas simplement de la +vapeur d'eau+ comme le prétendent souvent les stratégies de marketing de ces produits", explique l'OMS dans un rapport détaillant une très longue liste de recommandations aux gouvernements.

Pour les experts, "l'utilisation de ces dispositifs présente un danger grave pour l'adolescent et le foetus" et "accroît l'exposition des non-fumeurs et des tiers à la nicotine et à un certain nombre de substances toxiques".

Aussi, l'OMS recommande d'interdire aux détaillants de vendre ces produits aux mineurs et d'éliminer les distributeurs automatiques "presque partout".

Les experts veulent aussi interdire l'utilisation des cigarettes électroniques dans les lieux publics fermés "surtout là où il est interdit de fumer, jusqu'à ce qu'il soit prouvé que la vapeur exhalée n'est pas nocive pour les tiers".

-- Contre les e-cigarettes aux arômes --

L'OMS prône aussi une interdiction des inhalateurs "aux arômes de fruits, de bonbons et de boissons alcoolisées jusqu'à ce que des données empiriques montrent qu'elles n'exercent pas d'attrait sur les mineurs". Selon l'OMS, il existe près de 8.000 arômes.

Elle demande aussi d'interdire aux fabricants d'affirmer que ces produits sont "des aides au sevrage tabagique" jusqu'à ce qu'ils fournissent des données scientifiques probantes et obtiennent une approbation réglementaire.

Ces recommandations ont été publiées par l'OMS en vue de la sixième session de la Conférence des parties à la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac qui aura lieu du 13 au 18 octobre à Moscou. Les gouvernements décideront alors s'ils souhaitent réguler ce marché ou pas.

- Le développement du cerveau en danger -

Mais, d'après l'OMS, "les éléments de preuve sont suffisants pour mettre en garde les enfants et les adolescents, les femmes enceintes et les femmes en âge de procréer contre l'utilisation d'inhalateurs électroniques de nicotine parce que l'exposition du foetus et de l'adolescent à la nicotine a des conséquences à long terme sur le développement du cerveau".

L'OMS estime que des mises en gardes sanitaires devraient être accompagnées la vente du produit: "risque d'addiction nicotinique; risque d'effets irritants pour les voies respiratoires, les yeux, le nez et la gorge; risque d'effet nocif sur la grossesse (du fait de l'exposition à la nicotine)".

L'organisation onusienne reconnaît en revanche ne pas savoir si l'utilisation des cigarettes électroniques "par des fumeurs adultes réguliers en remplacement complet des cigarettes a des chances d'être moins toxique pour le fumeur que les cigarettes classiques ou que d'autres produits du tabac brûlés".

Elle ignore aussi si le vapotage passif augmente le risque de mortalité chez les tiers comme le fait l'exposition à la fumée du tabac. Mais, explique-t-elle, "l'exposition à court terme et à long terme à des particules de quelque origine que ce soit a des effets nocifs."

Les inhalateurs électroniques de nicotine sont des dispositifs qui ne brûlent pas et n'utilisent pas de feuilles de tabac mais qui produisent un aérosol inhalé par l'utilisateur. Le principal composant de l'aérosol, outre la nicotine lorsque celle-ci est présente, est le propylène glycol, auquel peuvent s'ajouter du glycérol et des aromatisants.

Ce marché, dominé par l'industrie du tabac, est en pleine expansion.

Le premier fabricant est apparu en 2005 en Chine. L'OMS estime qu'en 2014, il existe désormais 466 marques et qu'en 2013, 3 milliards de dollars (2,27 milliards d'euros) ont été dépensés dans l'ensemble du monde pour ces produits. Les ventes devraient être multipliées dans le monde par 17 d'ici à 2030.

Selon l'OMS, leur utilisation a au moins doublé chez les adultes comme chez les adolescents entre 2008 et 2012.

Aux Etats-Unis, l'autorité sanitaire (la FDA) a proposé en avril de réglementer ce marché -- qui représente près de deux milliards de dollars -- en interdisant notamment leur vente aux mineurs et en imposant aux fabricants une autorisation de mise sur le marché.

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