Ebola: après le cas en Espagne, les coupes dans la santé de nouveau décriées

Ebola: après le cas en Espagne, les coupes dans la santé de nouveau décriées©afp.com

publié le 10 octobre 2014 à 13h10

L'entrée de l'hôpital Carlos III à Madrid, le 8 octobre 2014

"Pour une santé 100% publique": l'autocollant, sur la porte d'un centre de médecine de ville d'un quartier populaire de Madrid, témoigne de la colère qui grondait en Espagne bien avant Ebola sur les coupes sombres qui expliqueraient pour certains l'impréparation face au virus.

"Le centre de santé General Ricardos remercie les habitants pour leur soutien dans la défense de la santé publique. Ensemble, c'est possible!", proclame une plaque dorée apposée sur une colonne à l'entrée de ce grand dispensaire du quartier de Carabanchel (sud-ouest de Madrid), dont dépendent 50.000 patients et où travaillent 100 personnes, dont une trentaine de médecins.

Pendant plus de 40 jours en 2013, les professionnels du centre s'étaient enfermés chaque soir pour protester contre les plans du gouvernement régional, conservateur, visant à privatiser 10% des centres de médicine généraliste de la région et six hôpitaux.

Dans une Espagne profondément décentralisée, la région de Madrid, comme les 16 autres, est chargée d'administrer le lourd budget de la Santé.

Elles ont du répercuter la réduction de sept milliards par an de l'enveloppe Santé de l'Espagne décidée par le gouvernement de Mariano Rajoy, conservateur, dans le cadre d'un plan drastique d'austérité lancé en 2012.

Si le projet régional de privatisation a finalement avorté, les économies elles ont bien été maintenues: le montant des dépenses du système de santé publique est passé en Espagne de 70 milliards en 2009 à quelque 53 milliards en 2014.

- "Nous sentons vraiment les coupes" -

"Nous sentons vraiment les restrictions" budgétaires, témoigne Alicia Fernandez, 58 ans, après une séance de rééducation. "On m'a opérée l'année dernière pour me poser une prothèse à la hanche, j'ai dû attendre sept mois."

Le secteur, qui comptait quelque 505.000 employés en 2012, en a perdu 28.500 depuis dont 7.500 dans la seule région de Madrid , soit près de 10% du total (70.000 aujourd'hui).

L'hôpital Carlos III, où se trouve l'aide-soignante victime d'Ebola, Teresa Romero, a ainsi réduit de 12% son personnel en 2013 (49 postes en moins sur 401) et son service spécialisé dans le traitement de maladies hautement infectieuses était pendant l'été en cours de fermeture.

"Evidemment que les coupes se ressentent", affirme aussi le docteur Paulino Cubero, un généraliste du centre. Le budget annuel du centre prévu pour les remplaçants a par exemple été réduit par cinq, selon lui, en 2013 (à 22.000 euros).

"Quand un collègue est absent, les patients prévus ce jour-là doivent être répartis" entre les autres médecins et l'attente se fait plus longue. "Les économies ont été très mal pensées", dénonce-t-il.

Sortant du dispensaire, ordonnance à la main, Susana Carrillo, 29 ans, et son compagnon David Juarez, 30 ans, estiment "qu'il y a moins de personnel, ça se voit et ça se sent".

"On ne peut pas réduire le budget de la Santé, au contraire il faut investir plus", s'indigne David précisant que sa compagne a appris qu'elle devrait attendre une semaine pour une simple prise de sang.

- Un fort attachement -

Malgré les restrictions budgétaires, les Espagnols restent profondément attachés à leur système public de santé. De nombreux patients ont ainsi rejoint les grandes manifestations pour sa défense en 2013, les "marées blanches".

Interpellant le chef du gouvernement conservateur Mariano Rajoy mercredi, le chef de file de l'opposition socialiste Pedro Sanchez a voulu exprimer son soutien "à tous les professionnels de santé qui font leur travail dans des conditions extraordinairement difficiles à cause de vos coupes dans la santé publique et des tentatives de privatisation de vos gouvernements régionaux".

"La santé publique espagnole n'est pas défaillante, ce qui est défaillant c'est la structure hiérarchique (...), les décisions se prennent au plus haut niveau politique sans demander l'avis" des professionnels, estime de son côté le docteur Paulino Cubero.

Dans le cas de la contamination par le virus Ebola d'une aide-soignante à Madrid, "tout ce qui pouvait rater a raté" dans la "chaîne de commande", poursuit-il. "On tente de la culpabiliser (en laissant entendre qu'il y a erreur humaine, ndlr) c'est honteux et cela m'offense."

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