Ebola: évolution "inquiétante", suspension des vols contreproductive

Ebola: évolution ©Jean-Philippe Ksiazek

publié le 02 septembre 2014 à 18h09

Le responsable du Centre national des fièvres hémorragiques virales, Sylvain Baize, à Lyon, le 2 septembre 2014

L'évolution de l'épidémie de fièvre Ebola est particulièrement "inquiétante" en Sierra Leone et au Liberia mais la suspension des vols vers les pays infectés est contre-productive, estime un spécialiste français de cette maladie, Sylvain Baize.

Responsable du Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales à Lyon, cet expert juge, dans un entretien téléphonique avec l'AFP, que l'importation de cas en Europe est possible mais peu probable.

QUESTION: Selon l'OMS (Organisation mondiale de la santé), le nombre de victimes en Afrique de l'Ouest a doublé en un mois pour dépasser les 1.500 morts et 40% des 3.000 cas recensés datent de ces trois dernières semaines. Diriez-vous que l'épidémie est hors de contrôle?

REPONSE: "Il faut relativiser en fonction des pays. Pour la Guinée, l'épidémie n'augmente pas de façon exponentielle. On peut considérer qu'elle est contenue. Les mesures en place pour isoler les patients et gérer l'épidémie ne permettent pas de l'arrêter mais permettent d'éviter que ce soit chaotique et exponentiel.

En Sierra Leone et au Liberia, c'est beaucoup plus inquiétant. Dans ces pays se pose le problème d'une épidémie qui n'est pas complètement gérable parce que les structures sur place (...) sont insuffisantes pour accueillir les malades. Tous les malades ne sont pas recensés, des malades non isolés continuent de transmettre la maladie à leurs proches. C'est pour cela qu'on observe une augmentation exponentielle des cas."

Q: L'OMS estime que le nombre réel de cas pourrait être deux à quatre fois plus élevé dans certaines zones. Est-ce là le principal problème de cette épidémie?

R: "Il n'y a pas assez d'équipes sur le terrain pour aller chercher les patients dans les moindres recoins des villes et villages. C'est toute la difficulté de cette épidémie depuis le début: dans ces pays très peuplés, avec des voies de circulation terrestres très faciles d'accès, il y a eu une grande dispersion des foyers épidémiques."

- "Trois mois pour passer le pic" -

Q: L'OMS espère pouvoir stopper la progression de l'épidémie d'ici trois mois. Qu'en pensez-vous?

R: "Le contrôle de ce type d'épidémies se fait en deux étapes. La première est d'essayer de contenir la progression en répertoriant et isolant un maximum de patients pour empêcher une progression exponentielle du nombre de cas.

La deuxième est une course de fond, où on essaie d'éteindre tous les foyers résiduels. Si on rate un foyer, l'épidémie est relancée. Cette étape est extrêmement difficile, surtout dans des pays en détresse économique et sociale comme le Liberia. Le délai de trois mois pour passer le pic de l'épidémie ne me choque pas vu comme c'est parti aujourd'hui."

Q: Vous semble-t-il efficace de restreindre l'accès aux pays contaminés?

R: "Je suis très réservé sur l'arrêt des dessertes aériennes (Sierra Leone, Liberia et Guinée). Le risque que l'on met en avant pour le personnel navigant est très limité. A partir du moment où l'on met en place des mesures de contrôle des passagers (...), il n'y a pas de raison d'arrêter de desservir ces pays.

Si on les met en quarantaine au niveau aérien, on déstabilise complètement leur lutte contre l'épidémie: les rotations des personnels soignants expatriés et l'acheminement du matériel seront problématiques alors qu'il n'y a déjà pas assez de moyens.

"Pour ce qui est des frontières terrestres, on peut les fermer mais je ne suis pas sûr que cela empêche quoi que ce soit. C'est illusoire: vous allez fermer une piste et les gens vont passer par la brousse à côté."

Q: Est-il possible que cette maladie soit importée en Europe?

R: "Des cas importés sont toujours possibles. On ne peut pas empêcher quelqu'un qui serait en phase d'incubation de la maladie d'embarquer (dans un avion avant que les symptômes de fortes fièvres ou de diarrhée se manifestent). C'est possible mais la probabilité est extrêmement faible car la phase d'incubation est très courte."

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