Ebola: la panoplie des vaccins et traitements expérimentaux s'étoffe

Ebola: la panoplie des vaccins et traitements expérimentaux s'étoffe©Steve Parsons

publié le 22 octobre 2014 à 17h10

Une infirmière prélève du sang à une volontaire britannique avant d'injecter le vaccin ChAd3, le 17 septembre 2014 au Centre de médecine tropicale d'Oxford

La panoplie des candidats vaccins et des médicaments antiviraux expérimentaux sur les rangs pour tenter de répondre à l'épidémie d'Ebola sans précédent qui frappe l'Afrique de l'Ouest, s'étoffe, tandis que les tests chez l'homme s'accélèrent.

DEUX VACCINS "PROMETTEURS"

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait état de deux candidats vaccins "prometteurs":

- Le vaccin (rVSV-ZEBOV), développé par l'agence de santé publique du Canada à Winnipeg, dont la licence de commercialisation est détenue par la société américaine NewLink Genetics. Un essai clinique de phase 1 (portant sur des volontaires sains) doit démarrer très prochainement aux Etats-Unis, avec de premiers résultats attendus en décembre. Un essai du même type est également prévu à Genève, selon l'OMS.

Le gouvernement canadien s'est engagé à fournir à l'OMS - qui a accepté - plus de 1.000 doses et pourrait porter ce nombre à 1.500 voire 2.000 doses après les premiers tests sur les dosages.

L'OMS espère de premiers résultats des essais sur ces deux vaccins en novembre-décembre et le début d'essais de phase 2 (permettant d'évaluer l'efficacité du vaccin) dans les pays touchés dès janvier-février.

- Le vaccin (cAd3-ZEBOV), développé par la firme britannique GSK (GlaxoSmithKline) : il utilise comme vecteur un adénovirus de chimpanzé dans lequel a été inséré un gène du virus Ebola.

Les premiers tests sur l'homme, pour étudier son innocuité, ont débuté le mois dernier aux Etats-Unis (sur 20 adultes sains) et au Royaume-Uni (60 volontaires sains). Le candidat vaccin va également être testé sur des adultes en bonne santé à Lausanne (Suisse), pour le compte de l'OMS. Des phases expérimentales sont par ailleurs prévues au Mali et en Gambie (40 volontaires par pays), selon l'association britannique caritative Wellcome Trust.

GSK devrait avoir 10.000 doses de ce vaccin disponibles début 2015, selon l'OMS. Mais la firme britannique a indiqué la semaine dernière que son vaccin ne serait pas prêt à la commercialisation avant 2016.

L'OMS espère de premiers résultats des essais sur ces deux vaccins en novembre-décembre et le début d'essais de phase 2 (permettant d'évaluer l'efficacité du vaccin) dans les pays touchés dès janvier-février.

Par ailleurs, la firme Johnson & Johnson vient d'annoncer qu'elle avait dégagé jusqu'à 200 millions de dollars pour accélérer la production de son vaccin utilisant la technologie d'une société de son groupe, Crucell N.V., et celle d'une société de biotechnologie basée au Danemark, Bavarian Nordic.

La Russie a pour sa part annoncé le 11 octobre qu'elle pourrait fournir trois vaccins d'ici à six mois, en se contentant de préciser que l'un d'eux était "déjà prêt pour un essai clinique".

TRAITEMENTS EXPÉRIMENTAUX

Parmi les traitements expérimentaux, figurent les trois les plus cités et un nouvel antiviral.

- L'Avigan (le favipiravir ou "T-705"), antiviral homologué pour la grippe, de Toyama Chemical (filiale du groupe FujiFilm) pourrait également agir sur Ebola. Un essai pour évaluer son efficacité, géré par la France, sur des malades d'Ebola doit démarrer en novembre en Guinée, avec l'espoir de premiers résultats fin 2014.

C'est le seul traitement potentiel en mesure d'être rapidement produit et pour lequel le groupe assure disposer de "réserves suffisantes pour plus de 20.000 personnes". Autre avantage: il s'agit de comprimés plus faciles à utiliser.

Selon Fujifilm qui envisage d'accroître ses réserves, le traitement a déjà été administré en urgence à plusieurs malades d'Ebola soignés en Europe dont la jeune infirmière de Médecins sans frontières (MSF), rapatriée en France après avoir été contaminée au Libéria et aujourd'hui guérie.

- Le ZMapp: il s'agit d'un cocktail de trois anticorps "monoclonaux", développé par Mapp Bio (Biopharmaceutical) et sa filiale LeafBio (basées à San Diego, Californie), en collaboration avec un laboratoire canadien de Toronto, et le soutien des gouvernements américain et canadien. Il est extrait du tabac.

Sans avoir fait l'objet d'essais cliniques, il a déjà été administré à titre compassionnel à plusieurs patients infectés par le virus Ebola, dont l'aide soignante espagnole, qui vient d'être déclarée guérie. L'approvisionnement très limité pour ce traitement est désormais épuisé mais "quelques centaines de doses" devraient être disponibles d'ici la fin de l'année.

- Le TKM-Ebola de la société canadienne Tekmira, a fait l'objet pour son développement d'un contrat de 140 millions de dollars du département américain de la Défense. 900 traitements pourraient être produits d'ici début 2015, d'après un document de l'OMS.

Parmi d'autres thérapies expérimentales, l'AVI-7537 de Sarepta Therapeutics, développé par contrat avec le Pentagone en 2010, qui a été efficace sur des singes présentant des symptômes d'Ebola (taux de guérison de 60 à 80%), selon la firme américaine. Le produit a été bien toléré lors d'un test sur un petit nombre d'humains non infectés. Une centaine de traitements pourraient être produite d'ici début 2015, selon un document de l'OMS.

- Le brincidofovir, un antiviral administré par voie orale, a été développé par la firme américaine Chimerix à l'origine contre d'autres virus (adénovirus et cytomégalovirus).

Cette molécule qui n'avait jamais été essayée sur des malades d'Ebola auparavant, a été administrée aux Etats-Unis à Ashoka Mukpo, un cameraman de NBC soigné au Nebraska, désormais guéri ainsi qu'au Libérien, Thomas Eric Duncan, qui est décédé.

Ce traitement vise à empêcher la multiplication du virus, selon Chimerix. Il fait actuellement l'objet d'un essai de phase III (dernière étape avant une demande de commercialisation) contre ces autres virus, précise la firme. Au total, mille personnes ont reçu cet antiviral.

L'utilisation de thérapies à base de sang de gens guéris (comme les sérums de convalescents), dans les pays affectés représente une autre option. Selon l'OMS, "la transfusion de sang a démarré, à petite échelle" et devrait augmenter "au début de l'année prochaine".

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