Ebola: Mme Sirleaf remercie les Américains en fin de mission au Liberia

Ebola: Mme Sirleaf remercie les Américains en fin de mission au Liberia©Brendan Smialowski

publié le 26 février 2015 à 18h02

La présidente du Liberia Ellen Johnson Sirleaf au Capitole, à Washington, où elle a rendu hommage aux Américains pour leur aide contre l'épidémie Ebola, le 26 février 2015

La présidente du Liberia Ellen Johnson Sirleaf a rendu jeudi à Washington un hommage appuyé aux Américains pour leur aide contre l'épidémie Ebola, le jour où prenait fin leur mission militaire dans le petit pays d'Afrique de l'Ouest.

"L'Amérique a répondu, vous ne vous êtes pas détournés du Liberia", a-t-elle lancé aux sénateurs américains, exprimant sa "profonde gratitude" ainsi que celle de la Guinée et du Sierra Leone, les trois pays d'Afrique de l'Ouest les plus touchés par l'épidémie de fièvre hémorragique.

La présidente sera reçue vendredi par Barack Obama à la Maison Blanche.

Peu avant à Monrovia, les États-Unis avaient mis un point final à leur opération militaire, débutée en septembre, à la demande de Mme Sirleaf.

Le Liberia, qui totalise officiellement le plus grand nombre de morts (plus de 4.000 sur près de 10.000), est le plus proche de la fin de l'épidémie, grâce notamment à l'aide américaine.

"L'importance des progrès que nous voyons aujourd'hui signifie plus qu'une diminution du nombre de cas confirmés ou suspects d'Ebola. Ces progrès se voient aussi à travers la capacité des Libériens à reprendre une vie normale", a déclaré le général Gary Volesky, chef de l'opération militaire américaine lors de cette cérémonie.

Le président Barack Obama a accordé 2,5 milliards de dollars au Liberia et envoyé à partir de septembre 2.800 militaires, le plus important contingent américain déployé en Afrique de l'Ouest, pour lutter contre Ebola, dont une centaine restera sur place encore quelques mois en soutien.

Cette aide a permis la construction de centres de traitement et la formation de 1.500 soignants.

Il n'y a actuellement plus qu'un à trois cas de nouvelles infections chaque semaine et la présidente Sirleaf vise la fin de l'épidémie pour avril prochain.

"Ebola n'est plus ce prédateur inconnu qui chasse les Libériens. Grâce à votre soutien, c'est nous qui avons pris Ebola en chasse", a-t-elle encore dit au Sénat.

Bien que tardive, cette intervention massive s'est avérée beaucoup moins controversée que tant d'autres des États-Unis depuis 200 ans dans ce pays "frère" d'outre-Atlantique, qui a le même drapeau, au nombre d'étoiles près.

- A la hauteur de ses responsabilités -

Cette "relation spéciale" se noue dans les années 1820 lorsque le Congrès et la Société de colonisation américaine, financée par des propriétaires d'esclaves, affranchissent des esclaves et les installent sur les côtes du pays.

Des milliers de colons baptisés "Américo-Libériens" suivent, proclamant l'indépendance en 1847, avec pour capitale Monrovia, en l'honneur du président américain de l'époque James Monroe, régissant une majorité autochtone privée de droit de vote.

James Ciment, auteur de "l'Autre Amérique: L'histoire du Liberia et des anciens esclaves qui l'ont dirigé", décrit ce pays comme "le fils adoptif à moitié oublié de l'Amérique".

En aidant le Liberia, Washington ne fait que s'acquitter d'une "obligation spéciale" envers lui, écrivait-il en septembre.

Le Liberia s'est révélé un allié indéfectible qui a permis aux États-Unis de disposer d'une base militaire pendant la Deuxième Guerre mondiale et les a soutenus à l'ONU pendant la Guerre froide.

En contrepartie, les États-Unis ont accordé une aide importante à ce petit pays - plus de 600 millions de dollars depuis 2009, selon le département d'État - mais les détracteurs jugent le bilan de la tutelle américaine globalement négatif.

Ils mettent en exergue le soutien à la dictature militaire corrompue de Samuel Doe dans les années 1980, puis l'incapacité de Washington à l'évincer et à empêcher les guerres civiles qui ont fait quelque 250.000 morts dans les années 1990-2000.

Peter Pham relève néanmoins la responsabilité propre des Libériens rappelant la popularité de Doe, premier dirigeant du pays appartenant à la majorité autochtone, lors de son accession au pouvoir.

Les universitaires libériens dressent également un tableau contrasté de l'influence américaine.

Edward Wonkeryor, vice-président de l'Université Cuttington, reconnaît que l'aide américaine est liée à la volonté de préserver un poids économique en Afrique, menacé notamment par la concurrence chinoise.

Mais face à Ebola, Washington s'est montré à la hauteur de sa responsabilité morale et historique, selon lui.

"Les États-Unis aident le Liberia dans la crise d'Ebola en raison de leurs responsabilités envers ce pays, compte tenu des relations historiques, culturelles, économiques, sociales, idéologiques et de sécurité depuis la fondation du Liberia", résume-t-il.

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