Emirs, valises de billets: le tourisme médical en France alimente les fantasmes

Emirs, valises de billets: le tourisme médical en France alimente les fantasmes©Jean-Sebastien Evrard

publié le 06 décembre 2014 à 14h12

Un service de cardiologie dans un CHU en France

Des princes du pétrole aux valises de billets jusqu'à l'"invasion" des Britanniques, le tourisme médical en France alimente bien des fantasmes. Et pour les soignants se conjuguent fierté d'un savoir-faire reconnu et crainte d'être "sponsorisés par le Qatar".

Si les chefs d'Etat sont soignés le plus souvent dans de discrets hôpitaux militaires, le commun des VIP s'oriente vers les hôpitaux civils, où certains de ces patients créent la polémique.

L'hôpital public "doit-il être comme une équipe de foot, sponsorisé par le Qatar ? Il n'est pas une boîte à fric !", entend-on depuis "l'affaire de l'émir d'Ambroise-Paré".

Traité dans cet hôpital de la région parisienne au printemps, ce patient a bloqué un étage, s'est fait livrer sa nourriture, a exigé des travaux, "une histoire de dingue", raconte le Dr Loïc Capron, de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), l'organisme chapeautant les établissements publics de la capitale et sa région.

Sans être émirs, des étrangers viennent en France pour des "compétences et des prestations qu'ils ne trouvent pas chez eux", explique-t-on aux Hospices civils de Lyon (centre-est).

Les chiffres sont rares. L'AP-HP comptabilisait 2.300 séjours en 2010, dont un millier de patients du Maghreb et du Proche Orient.

"Il y a une augmentation du tourisme médical. Certains pays (Singapour, Thaïlande, Inde) développent des offres de soin de bonne qualité", à des coûts "plus faibles", souligne l'économiste Pierre-Yves Geoffard. Selon lui, la stratégie de la France devrait être "de développer des filières d'excellence".

Le secteur public espère renflouer un peu ses caisses grâce au tourisme médical. Ainsi, l'hôpital européen Georges Pompidou à Paris, ouvert en 2000, devait accueillir la crème des médecins pour des patients aisés. Moquette et baignoires avaient même été installées en cardiologie, mais finalement l'établissement est devenu un hôpital "comme les autres", se souvient un aide-soignant.

Pour autant, Martin Hirsch, directeur de l'AP-HP, garde l'objectif d'1% de patients étrangers aisés, qui pourraient rapporter huit millions d'euros en 2014.

Reste à convaincre les équipes soignantes. "En France, c'est quand même notre fierté d'accueillir tout le monde à l'hôpital public mais sur un pied d'égalité", souligne Bernard Granger, médecin à l'AP-HP.

Déjà, le système "peut devenir détestable" avec "des médecins qui chouchoutent" ces patients aisés et des "personnels qui font du rab pour avoir des billets", raconte un aide-soignant.

- "Comme au souk, tout se négocie" -

Mais les passe-droits ne sont pas l'apanage des patients internationaux. Des patients français aisés utilisent aussi les filières de l'activité privée à l'hôpital public où exercent les stars du bistouri.

Et l'omerta règne sur les tarifs: "comme au souk, tout se négocie", selon un médecin qui, parmi beaucoup d'autres, évoque "les attachés-cases remplis de billets".

Le tarif de la sécurité sociale française est appliqué aux Européens et ressortissants de pays liés à la France par des conventions. Pour les autres, des majorations sont variables: 30% à l'AP-HP, "au-delà" dans le privé.

"On a une culture de l'accueil des patients qui viennent du Golfe", explique Charles Guépratte, directeur général adjoint de l'Institut de cancérologie Gustave-Roussy à Villejuif, près de Paris.

Chaque année, 500 patients étrangers y sont accueillis, sur un total de 40.000. L'établissement vise avec eux 15 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2014. Le paiement est "garanti par des Etats qui considèrent qu'ils n'ont pas les infrastructures pour prendre en charge ces patients", précise M. Guépratte.

Près de la Tour Eiffel, la clinique de l'Alma ambitionne de faire monter à plus de 10% le chiffre d'affaires lié à ces patients, notamment avec des chambres de grand standing et une restauration signée Lenôtre.

De rares sociétés françaises exploitent le filon. L'une d'elles, France-surgery, met en relation patients, cliniques privées et organismes touristiques. La cible: des patients pas toujours en mesure de s'offrir des soins dans leur pays, comme les Américains.

Dans le public, l'hôpital de Calais (nord) vient de lancer une campagne dans la presse du Kent (sud de l'Angleterre) pour attirer "des touristes" anglais. Le patient arrivera avec un formulaire signé de son médecin, sorte d'entente préalable du NHS, le service de santé britannique, auquel l'hôpital de Calais enverra ensuite la facture.

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