Equateur: polémique autour de l'exploitation du sang d'Indiens d'Amazonie

Equateur: polémique autour de l'exploitation du sang d'Indiens d'Amazonie©Rodrigo Buendia

publié le 18 juin 2014 à 10h06

Des membres de l'ethnie Waorani photographiées dans le parc naturel Yasuni, en Amazonie équatorienne, le 21 août 2010

L'Equateur a lancé une vive polémique autour de prélèvements de sang illégaux opérés par des scientifiques américains au sein de tribus amazoniennes, réputées pour leur résistance aux maladies.

Les autorités de Quito, qui accusent des organismes des Etats-Unis d'avoir agi à des fins commerciales, s'intéressent en particulier au cas de l'ethnie Waorani, un groupe d'environ 3.000 personnes vivant isolé en Amazonie équatorienne.

Plus de 3.500 prises de sang auraient été réalisées il y a plus de 30 ans auprès de 600 membres de cette tribu qui présente "des caractéristiques uniques au niveau mondial", a annoncé cette semaine le secrétaire d'Etat à l'Éducation et aux Sciences, René Ramirez.

Selon M. Ramirez, 80% des prises de sang ont été effectuées sans consentement, alors que "personne ne savait qu'elles étaient faites à des fins d'investigations".

Trois organismes américains sont pointés du doigt par le gouvernement équatorien: la compagnie pétrolière Maxus, qui a opéré dans la région amazonienne d'Orellana jusqu'aux années 90, le laboratoire Coriell et la Harvard Medical School.

"Il a été prouvé que l'institut Coriell a dans ses stocks des échantillons et vend du matériel génétique issu de la communauté Waorani", selon le rapport du Défenseur d'Equateur (DPE).

Selon des témoignages reçu par le DPE, sorte de médiateur national, les membres de cette communauté amazonienne auraient été trompés par deux Américains, dont un médecin travaillant pour la compagnie pétrolière, originaire du Texas. Ces derniers leur auraient proposé d'effectuer des examens médicaux sans révéler le véritable but de ces prélèvements.

Le médiateur national équatorien, Ramiro Rivadeneira, a estimé que ces prélèvements illégaux avaient sans doute eu lieu dans d'autres pays traversés par la forêt amazonienne.

"Nous sommes certains, en ce qui concerne les communautés indigènes, que cela n'a pas seulement eu lieu en Equateur", a-t-il affirmé dans un entretien à la chaîne publique ECTV.

- 'Lutte difficile' -

"Il y a des communautés indigène importantes dans d'autres régions d'Amazonie, au Pérou, en Bolivie. Nous pensons donc que d'autres prélèvements ont été effectués ailleurs", a-t-il ajouté.

En juillet 2012, le DPE avait déjà accusé l'institut Coriell d'avoir non seulement exploité mais commercialisé en toute illégalité du matériel génétique prélevé sur des indiens Waorani.

M. Rivadeneira a aussi rappelé que le Brésil avait "initié il y a plusieurs années une procédure" contre cet institut.

En août 1996, des scientifiques brésiliens l'avaient accusé d'avoir vendu de l'ADN provenant de tribus Karitania et Surui, vivant dans l'Etat de Rondonia, à la frontière avec la Bolivie.

En Equateur, l'affaire avait été révélée il y a deux ans par le président Rafael Correa qui avait dénoncé la violation de la communauté indigène et annoncé la constitution d'une plainte contre les organismes américains.

Vendredi dernier, M. Correa a admis que ce combat constituait une "lutte difficile", faute d'"une loi fédérale aux Etats-Unis offrant un fondement juridique".

"La loi protège jusqu'aux droits d'auteur mais pas les individus qui se font prendre leur sang sans leur consentement", a déploré le dirigeant socialiste, dont le gouvernement entretient des relations conflictuelles avec les Etats-Unis.

La Constitution équatorienne interdit "l'utilisation de matériel génétique et l'expérimentation scientifique qui porte atteinte aux droits de l'homme".

Il y a deux ans, l'ambassade des Etats-Unis à Quito avait affirmé ne pas être mêlée à cette affaire. Interrogé lundi par l'AFP, un porte-parole diplomatique n'a pas souhaité faire de commentaire dans l'immédiat.

En 2012, le laboratoire Coriell, basé au New Jersey, avait admis avoir été en possession de matériel génétique prélevé sur la tribu équatorienne, précisant l'avoir obtenu auprès d'un chercheur de la Harvard Medical School et en avoir distribué des échantillons à des fins scientifiques et non commerciales.

Mardi, le laboratoire a affirmé à l'AFP avoir reçu en 1991, de la part d'un chercheur qu'il n'a pas identifié, "un seul tube" contenant "une lignée de cellules lymphoblastoïdes établie à partir d'un échantillon de sang d'un individu huaorani", de laquelle ont été extraits des échantillons d'ADN ayant servi à la recherche scientifique.

Coriell dit n'avoir "retiré aucun bénéfice" de ces échantillons, dont l'original n'est plus disponible pour la recherche depuis 2010.

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