États-Unis: le scepticisme antivaccin touche le grand public

États-Unis: le scepticisme antivaccin touche le grand public©Saul Loeb

publié le 06 avril 2014 à 15h04

Préparation d'une injection

Kathleen Wiederman, 42 ans, n'est pas une opposante farouche aux vaccins. Mais, à l'image d'un nombre croissant d'Américains, elle croit simplement aux vertus de la nature pour combattre les maladies et affiche son scepticisme.

"Les médecins ne savent pas tout", affirme cette diplômée de droit, qui préfère les médecines alternatives, naturelles, accoucher à la maison sans antidouleur et se dit réticente à faire vacciner sa fille âgée de 5 ans. Ce n'est qu'après l'insistance de son ex-mari qu'elle a accepté que sa fille soit vaccinée contre la varicelle et la rougeole, mais pas la polio, dit-elle.

"Le secteur médical est tellement tenu à la voie médicamenteuse", ajoute Mme Wiederman, qui travaille dans le recrutement et vit dans une banlieue aisée de Virginie (est).

Les Américains opposés à la vaccination ne forment plus une frange minoritaire radicale de la société mais sont au contraire de plus en plus nombreux, constatent les spécialistes.

Hésiter à se faire vacciner est devenu chose courante, et pas seulement quand il s'agit de s'immuniser contre des maladies de la petite enfance, selon eux.

Ainsi, deux Américains adultes sur trois refusent de se faire vacciner contre la grippe et la même proportion ne fait pas vacciner les jeunes adolescents contre le virus du papillome humain (HPV), qui peut générer des cancers, selon les Centres fédéraux de contrôle et de prévention des maladies (CDC).

"La population qui nous inquiète est celle qui hésite. Ce sont généralement des personnes diplômées et issues de la classe moyenne supérieure", relève Barry Bloom, professeur de médecine à l'université de Harvard. Et leur nombre "augmente partout", selon lui.

- Crainte d'effets secondaires -

De fait, ces dernières années, des informations faisant état d'un lien possible entre certaines vaccinations et l'autisme ou des maladies auto-immunes comme la sclérose en plaques ont eu un large écho. Et la crainte d'effets secondaires méconnus jette de l'ombre sur les bienfaits des vaccins, selon les experts.

D'autres s'inquiètent aussi de l'explosion du nombre des vaccins imposés notamment aux enfants, qui sont passés de 7 en 1985 à 14 aujourd'hui, selon les CDC.

"Je suis stupéfaite par le nombre de vaccins", raconte Alina Scott, chef de projet de 37 ans et mère d'un garçon de deux ans. Elle dit avoir lu tout ce qu'il y avait à lire sur le sujet, même avant la naissance de son fils, et a décidé que les vaccins n'étaient pas pour eux.

"Je ne crois pas que nous allons vacciner de sitôt", explique-t-elle.

Presque tous les Etats américains ont une liste de vaccinations recommandées pour les enfants avant l'entrée à l'école, mais admettent des exemptions pour des raisons religieuses et, pour plus d'une dizaine, pour des raisons personnelles.

"Aujourd'hui, vous pouvez échapper à la vaccination pour des raisons philosophiques, c'est complètement fou", estime pour sa part Anne Gershon, directrice du département des maladies contagieuses infantiles au centre médical de la Columbia University. "Ca fait du mal à beaucoup de monde. Pas seulement à vos enfants", car ne pas se vacciner réduit l'immunité de groupe, soutient-elle.

En ce qui concerne la rougeole, une des maladies les plus contagieuses mais généralement bénigne, une épidémie peut survenir tant que 94% de la population n'a pas été vaccinée, rappelle M. Bloom.

Certes, le taux de vaccination dans les crèches aux Etats-Unis approche les 95%. Mais une étude de 2011 publiée dans le journal Pediatrics a trouvé qu'un parent sur 10 ne respectait pas le calendrier des vaccinations pour leurs enfants, et qu'un quart doutaient de leur effet.

Selon les CDC, en février deux tiers des adultes âgés de 18 à 65 ans ne s'étaient pas vaccinés contre la grippe et les hospitalisations dans cette classe d'âge ont doublé l'an dernier.

Quant au vaccin contre le HPV, recommandé aux jeunes adolescents, seule une femme sur trois âgée de 19 à 26 ans en 2012 l'avait reçu, et seulement 2,3% des hommes, selon les CDC.

Pour M. Bloom, les vaccins sont peut-être victimes de leur succès.

"Tant qu'ils n'auront pas vu un enfant devenir aveugle par la rougeole ou retardé mentalement par la coqueluche, ce sera très dur de percevoir, dans ce monde joyeux, riche et merveilleux des jardins d'enfants, le rôle préventif des vaccins", dit-il.

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