Fin de vie: Bonnemaison évoque sa "difficulté" à associer les familles

Fin de vie: Bonnemaison évoque sa ©Nicolas Tucat

publié le 11 juin 2014 à 20h06

Le médecin urgentiste Nicolas Bonnemaison à son arrivée aux assises de Pau, le 11 juin 2014

L'urgentiste bayonnais Nicolas Bonnemaison, accusé d'avoir empoisonné sept patients âgés, a évoqué mercredi, au premier jour de son procès en Cour d'assises à Pau, sa véritable "passion" pour la médecine, mais aussi ses "difficultés" à appliquer la loi Leonetti sur la fin de vie.

Les traits tirés, s'exprimant d'une voix calme, parfois empreinte d'émotion, le médecin de 53 ans, qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, a d'abord dit penser à ses patients et leurs familles. Parmi eux figurent les cinq femmes et deux hommes décédés entre février 2010 et août 2011 dans une unité du Service des urgences de l'Hôpital public de Bayonne où il travaillait, qu'il est accusé d'avoir empoisonnés.

"On vit des choses fortes avec les patients en fin de vie, des choses qui marquent le médecin (...) Comparaître ici comme un criminel, un assassin, un empoisonneur, c'est violent", a dit l'urgentiste dans sa première déclaration devant la Cour d'assises des Pyrénées-Atlantiques.

Le médecin, costume gris, cravate gris perle et cheveux courts, a ensuite raconté sa passion pour son métier, une "vocation" forgée auprès de son père, médecin et directeur de clinique, et de sa mère, infirmière.

Poursuivi pour "empoisonnement sur personnes particulièrement vulnérables", Nicolas Bonnemaison est aussi revenu sur ses blessures, où la mort rôde souvent: un père qui se donne la mort à 58 ans; les tentatives de suicide d'une sœur souffrant de troubles bipolaires ayant finalement mis fin à ses jours en 2012; et ses propres épisodes dépressifs pendant et après ses études qui l'ont menés à l'hôpital, comme patient, à plusieurs reprises.

A la tête du Service des urgences, Nicolas Bonnemaison parle de ses difficultés avec ses collègues, les "critiques", les "tensions". "Je me suis épuisé", raconte-t-il reconnaissant au passage une relation extra-conjugale avec une collègue entre 2007 et 2009, "conséquence" de "son état de fatigue et de déprime" du moment.

Le président Michel Le Maître l'interroge: "M. Bonnemaison, avez-vous fait des tentatives de suicide"?

- "Non jamais. J'ai eu des idées suicidaires, mais je n'ai jamais menacé de le faire".

"Etiez-vous qualifié pour diriger un service aussi lourd que l'Unité d'hospitalisation de courte durée"?

- "J'ai la conviction que j'étais en capacité de le faire. Quand je ne me suis plus senti en capacité, je me suis arrêté", répond le praticien, en référence à un arrêt de travail de plusieurs mois en 2009.

"Pour quelqu'un qui est décrit comme fragile, depuis trois ans, il tient sacrément le coup"!, souligne son épouse, à la barre des témoins.

- 'Culpabilité dans les deux cas' -

Nicolas Bonnemaison, radié de l'Ordre des médecins, est accusé d'avoir administré des médicaments hors du protocole de soins, sans recourir ni à l'avis d'autres médecins, ni à celui des familles, comme le stipule la loi Leonetti de 2005.

A l'audience, le médecin a reconnu sa "difficulté" à associer les familles aux décisions concernant les patients en phase terminale; "Donner le choix à la famille de prescrire ou de ne pas prescrire la sédation, c'est quelque chose de délicat", a-t-il expliqué, soulignant un choix cornélien entre le "risque de diminution de l'espérance de vie" et celui de prolonger la vie "au prix de souffrances". "Une source de culpabilité dans les deux cas".

Seuls des proches de deux victimes se sont portés parties civiles. Des proches, qui n'ont pas "de colère", mais "veulent des explications", a dit à la presse une de leurs avocates, Me Valérie Garmendia.

Pour la défense, le procès de l'urgentiste est avant tout celui de la "fin de vie"."On va avoir un véritable débat de société, tout le monde le veut", a estimé Me Benoît Ducos-Ader.

Nicolas Bonnemaison pourra aussi compter sur le témoignage de Patricia Dhooge, épouse de l'un des sept patients, qui le soutient: "J'ai supplié (le Dr Bonnemaison) d'arrêter ses souffrances, la morphine ne lui servait plus à rien (...) J'attends que le Dr Bonnemaison soit acquitté", a-t-elle déclaré à la presse.

Le procès intervient en plein débat sur une éventuelle réforme de la loi Leonetti censée règlementer les droits des malades terminaux sans autoriser l'euthanasie, admise en Belgique ou aux Pays-Bas.

Jeudi, le procès, dont la fin est prévue pour le 27 juin, entrera dans le vif du sujet avec l'audition comme témoins de membres du personnel médical de l'Hôpital de Bayonne, dont certains avaient dénoncé le médecin.

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