Fin de vie: "on fait ce qu'on peut" pour accompagner, témoigne un généraliste

Fin de vie: ©Fred Dufour

publié le 10 décembre 2014 à 08h12

La loi Leonetti qui, depuis 2005, régit la fin de vie, interdit l'acharnement dans la poursuite des soins et permet l'administration d'antidouleurs dans certains cas bien précis au point d'"abréger la vie".

"Lorsqu'un patient me dit : +vous ne me laisserez pas tomber+, je lui réponds que je continuerai tant que ce sera possible", raconte le Dr Pascal Bonnet qui, comme beaucoup de médecins généralistes, est amené à assister de plus en plus de patients âgés jusqu'à leur décès.

"On fait ce qu'on peut" pour les accompagner tout en restant dans la légalité, mais ce n'est pas toujours facile, témoigne ce médecin, chargé de la mission éthique au syndicat MG-France et qui exerce à Cessieu (Isère).

Dans la très grande majorité des cas, ajoute-t-il, "les choses se passent naturellement: on peut administrer des sédatifs s'il y une souffrance qui peut être traitée, mettre des antidépresseurs pour éviter que les gens souffrent moralement".

Mais il se résout à "passer la main à l'hôpital" lorsque les patients développent certaines complications comme des infections graves, des escarres ou des "fausses routes" (troubles de la déglutition).

C'est également le cas lorsqu'ils souffrent trop et que les moyens disponibles "en termes de sédation ou d'anxiolytiques" sont insuffisants ou encore que l'entourage ne peut plus le supporter "parce que c'est difficile de voir mourir un proche dans la longueur et la souffrance".

"Mais qu'on en ait envie ou pas, note-t-il, on n'a pas les moyens de faire une injection létale aujourd'hui dans le cadre de la loi".

La loi Leonetti qui, depuis 2005, régit la fin de vie, interdit l'acharnement dans la poursuite des soins et permet l'administration d'antidouleurs dans certains cas bien précis au point d'"abréger la vie". Mais elle reste mal comprise et mal appliquée par les médecins. Elle ne permet en revanche ni l'euthanasie, ni le suicide assisté.

-rester dans la légalité-

"Chaque médecin généraliste gère les patients en fin de vie comme il pense et comme il peut et pour ceux que je connais, la règle est ne pas faire de choses illégales", souligne le Dr Bonnet.

Les généralistes ont à leur disposition plusieurs types de médicaments pour accompagner la fin de vie (anxiolytiques, antidépresseurs, antalgiques) qu'ils n'utilisent pas tous de la même manière.

"On peut être amené à donner des doses importantes de morphine, mais uniquement dans les dernières heures ou dernières dizaines d'heures", précise le Dr Bonnet.

Il reconnaît également ne pas "avoir l'habitude" de certains sédatifs puissants comme l'Hypnovel, d'action rapide et réversible, utilisé dans les services de soins palliatifs.

"Ca m'est arrivé une seule fois d'obtenir une ampoule, mais ce n'est pas une situation courante", indique-t-il.

Pour que les quelque 62.000 médecins généralistes libéraux puissent accompagner "de manière individualisée" la fin de vie de leurs patients - qu'ils connaissent souvent depuis très longtemps -, le Dr Bonnet insiste pour qu'ils soient mieux formés.

Moins d'un tiers auraient, selon lui, reçu une formation spécifique. Ils devraient également "disposer de plus de moyens", pouvoir faire partie d'équipes pluridisciplinaires, incluant des infirmiers, des kinés, des psychologues.

Le Dr Bonnet préconise également de mieux écouter "les personnes qui viennent faire le ménage ou la toilette. Les médecins qui passent un quart d'heure ou une demi-heure auprès de leurs patients les interrogent rarement alors qu'elles sont "dans une réelle dynamique d'accompagnement".

Interrogé sur la situation actuelle, il estime qu'il faudrait une loi "qui aille un peu plus loin, avec la possibilité d'une sédation réelle de façon à ne pas laisser des situations dont on sait qu'elles sont perdues, irrémédiables". Mais, ajoute-t-il, "il faut que la société soit prête à l'accepter et je ne sais pas si c'est le cas aujourd'hui".

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