Japon: le secteur de la pharmacie prend des risques et se blesse

Japon: le secteur de la pharmacie prend des risques et se blesse©Yoshikazu Tsuno

publié le 10 avril 2014 à 10h04

Des Japonais portent des masques dans la rue, en mars 2014 à Tokyo

Le marché pharmaceutique japonais a beau être le deuxième du monde, les Nippons avalent les médicaments la peur au ventre, et ce n'est pas l'actualité récente qui va les guérir.

Entre des irrégularités au cours d'essais cliniques chez Novartis au Japon, les mésaventures de Daiichi Sankyo en Inde, les condamnations de Takeda aux Etats-Unis et des décès peut-être liés à un traitement contre la schizophrénie dans l'archipel, les affaires se succèdent à un rythme angoissant ces derniers temps.

Depuis juillet dernier, la branche nippone du laboratoire suisse Novartis est dans le collimateur des autorités japonaises. La raison: la découverte par des universités de falsifications de données d'essais cliniques portant sur un traitement contre l'hypertension, le Valsartan (ou Diovan), un des plus lucratifs.

Le gouvernement japonais a porté plainte en début d'année pour "publicité mensongère et exagérée" contre cette filiale dont les bureaux ont été perquisitionnés.

La semaine dernière, la maison-mère Novartis a limogé les dirigeants de sa branche pharmaceutique au Japon pour tenter de mettre fin à ces "mauvaises pratiques" qui ne s'arrêtent apparemment pas au cas du Valsartan, selon une enquête confiée à un cabinet externe.

Lundi, c'est le deuxième groupe nippon du secteur, Daiichi Sankyo, qui se débarrassait de sa filiale indienne Ranbaxy, accusée par les autorités américaines de "violation de la régulation sur la fabrication des médicaments et de falsification d'informations sur les demandes d'autorisation". Les produits de quatre des cinq usines indiennes de Ranbaxy sont interdits aux Etats-Unis.

Payé 3 milliards d'euros en 2008, le spécialiste des médicaments génériques Ranbaxy était devenu un véritable gouffre financier pour Daiichi Sankyo contraint de revoir ses ambitions internationales.

Son rival et numéro un des laboratoires japonais, Takeda, lui, a été condamné mardi par un tribunal américain à payer 6 milliards de dollars de dommages, en raison des effets cancérigènes de son antidiabétique Actos.

Même si Takeda conteste vigoureusement ce verdict et va faire appel avec des chances de voir l'amende notablement réduite, il n'en reste pas moins que son image pourrait en souffrir au risque d'infléchir sa stratégie d'expansion internationale qui sera confiée en juin au Français Christophe Weber.

"Les poursuites en justice vont désormais de pair avec l'industrie pharmaceutique", tempère l'analyste du Credit Suisse Fumiyoshi Sakai.

Mercredi enfin, la branche japonaise de Janssen Pharmaceuticals, laboratoire pharmaceutique du groupe américain Johnson & Johnson, a indiqué que 17 personnes étaient décédées au Japon après avoir reçu une injection de son médicament Xeplion contre la schizophrénie, sur un total de 10.700 individus traités depuis qu'il a été rendu disponible dans l'archipel en novembre dernier. Un avis a été adressé aux médecins.

- Internationalisation nécessaire mais risquée -

Historiquement, le corps médical et les autorités japonaises ont favorisé leur propre industrie pharmaceutique dans l'archipel, mais depuis les années 1990, des changements réglementaires et conjoncturels ont permis aux groupes étrangers de s'implanter solidement.

Reste que l'appréhension à l'égard des médicaments et la sévérité générale des normes au Japon constituent encore des barrières pour les laboratoires non nippons qui peinent parfois à faire admettre sur le marché japonais des traitements déjà employés depuis des années à l'étranger.

Toute affaire, surtout si elle entraîne des cas mortels, est dès lors de nature à retarder l'évolution dans le sens attendu par les groupes étrangers. Ces derniers sont d'autant plus intéressés par le marché nippon qu'il est un véritable laboratoire de soins d'une population vieillissante.

Inversement, les groupes japonais ne veulent pas se contenter de vendre leurs remèdes dans leur pays. Ils n'hésitent ainsi pas à dépenser des milliards d'euros pour s'emparer de sociétés étrangères.

"Compte tenu des coûts de développement énormes auxquels elle est confrontée, l'industrie pharmaceutique au Japon est en pleine mutation, d'où des mouvements de consolidation via des fusions et acquisitions transnationales", explique le laboratoire japonais Eisai.

Le secteur pharmaceutique nippon compte plus de 1.000 entreprises dont seulement une vingtaine importantes et une myriade de toutes petites.

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