JR Buisson, le poids du lobbyiste, le combat d'un père

JR Buisson, le poids du lobbyiste, le combat d'un père©Martin Bureau

publié le 12 décembre 2014 à 18h12

Jean-René Buisson, président de Sopexa, agence de communication des produits alimentaires français à l'étranger, à Paris le 4 décembre 2014

Jean-René Buisson assume d'avoir mené des plans sociaux douloureux chez Danone et d'avoir défendu l'aspartame ou l'huile de palme. Comme il assume d'utiliser ses talents de lobbyiste pour faire avancer une cause: l'autisme qui touche trois de ses enfants.

L'homme est petit, rond, la soixantaine bien entamée. Mais des cheveux blancs coiffés en brosse et toujours cette écharpe rose autour du cou qui lui donne un air décalé dans le monde conventionnel de l'agroalimentaire français.

"C'est quelqu'un de très engagé dans les combats qu'il mène. Et avec lui, le dialogue est franc", estime Guillaume Garot, ministre délégué à l'Agroalimentaire de juin 2012 à mars 2014.

Il est effectivement très direct et reconnaît être "sans état d'âme". Entré par la petite porte à 30 ans chez Danone, Jean-René Buisson devient le porte-flingue de l'emblématique famille Riboud.

C'est lui qui restructure Kanterbrau, Kronenbourg puis les petits Lu.

A Strasbourg pour Kronenbourg, "toute la ville était en effervescence", "j'ai cru qu'ils voulaient me tuer: ils mettaient d'énormes buissons devant l'usine (en référence à son nom, ndlr) et les écrasaient avec des bus", raconte-t-il à l'AFP.

- Un 'fossoyeur' -

Là "j'ai appris à mener une compagnie de CRS au talkie-walkie" et à gérer les crises. Mais il insiste: "Ca me plaisait beaucoup de faire ça, j'ai créé les premières antennes emplois".

"C'est vrai qu'on était bien accompagnés", témoigne un syndicaliste de l'époque. Mais cet ancien de la chaîne d'embouteillage garde le souvenir d'un "fossoyeur". "Un plan social pareil, on n'avait jamais connu ça, ça a fait mal".

Jean-René Buisson continuera ensuite le sale boulot en fermant au début des années 2000 deux usines Lu à Evry et Calais. "250 réunions du CE, un millier de personnes sur le carreau" et une impopularité incroyable: en quelques mois, "on est passés de la 2e entreprise préférée des étudiants, à la 77e"...

Franck Riboud dira plus tard de lui dans le quotidien Les Echos: "il est excessivement courageux", "intuitif", "d'une ténacité rare" et d'une "loyauté totale".

Entretemps, Jean-René Buisson a rencontré sa seconde épouse, Anne. Son assistante chez Kronenbourg. Ils ont Baptiste, puis des jumelles Chiara et Salomé, et enfin Ethan. Lui a déjà deux grands enfants.

- Autisme et exclusion -

Baptiste et les jumelles présentant des TED, troubles envahissants du développement, "on s'est retrouvés face à une France préhistorique sur l'autisme", confie-t-il.

Le couple Buisson rejette l'approche psychanalytique et opte pour des méthodes psycho-éducatives. "Baptiste, quand il avait deux ans était couché par terre en boule. Aujourd'hui il a 16 ans, va tout seul au lycée et est le premier de sa classe".

Les jumelles: l'une est en 5e avec une assistante médicale, l'autre en institut médical. Ethan, le dernier, est, lui, un peu hyperactif.

"Ce n'est pas un cas isolé, ça arrive l'autisme dans une fratrie, d'autant plus chez des jumeaux", explique Vanessa Lagardère, psychologue.

Elle s'est occupée de Baptiste toute sa petite enfance et explique que, forcément, les parents "sont démunis quand les enfants ne communiquent pas". Mais "Jean-René et Anne n'ont jamais baissé les bras". "C'est un couple extrêmement solide".

Ils ont l'argent, les réseaux, tout pour offrir le meilleur à leurs enfants. Mais c'est le parcours du combattant: courir chez le psychologue, l'orthophoniste, le psychomotricien, le psychiatre...

Alors en 2008, ils décident de créer avec Vanessa Lagardère "Sur les bancs de l'école". L'association lutte pour l'inclusion scolaire des enfants autistes avec 40 assistantes privées de vie scolaire et deux "maisons de TED", une à Paris, l'autre à Pontoise pour offrir en un seul lieu tous les services de soin dont ont besoin les enfants.

Ils lèvent des fonds, œuvrent à la création de la Fondation Initiatives Autisme sous l'égide de la Fondation de France et s'appuient sur le milieu de l'agroalimentaire pour soutenir la cause.

Franck Riboud en est l'un des fondateurs. Cet hiver, Haribo et Carrefour vendent des bonbons spécialement conçus: pour chaque sachet acheté, 50 centimes seront reversés à la fondation.

En parallèle Jean-René Buisson continue son combat pour l'industrie. Aujourd'hui, il préside Sopexa, l'agence de communication des produits alimentaires français à l'étranger. De 2004 à 2013, il était à la tête de l'Ania, mini-Medef des industriels de l'agroalimentaire.

Il y a milité ardemment contre des projets de taxes sur l'huile de palme, la bière et les sodas. Mais il n'a réussi à empêcher que la première...

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