La "chirurgie robotique" à la conquête de la cancérologie

La ©François Guillot

publié le 26 novembre 2014 à 22h11

Le professeur Alexander Eggermont, directeur général du premier centre de lutte contre le cancer en Europe Gustave Roussy, le 26 novembre 2014 à Villejuif

Quatre bras articulés munis d'une caméra et d'instruments chirurgicaux, un chirurgien assis devant une console avec pédales et joysticks, à quelques mètres de la table d'opération, la chirurgie robot-assistée part à la conquête de la cancérologie.

Déjà largement utilisée aux Etats-Unis et dans une série d'hôpitaux français, elle a fait une entrée remarquée mercredi à Gustave Roussy, le premier centre de lutte contre le cancer en Europe, situé à Villejuif (Val-de-Marne).

"La chirurgie reste le premier traitement des cancers et elle joue un rôle clé pour éviter les récidives loco-régionales", a souligné le professeur Alexander Eggermont, directeur général de Gustave Roussy en présentant le dernier modèle de robot chirurgical baptisé da Vinci par la firme américaine Intuitive Surgery qui en a le quasi monopole.

Il ne s'agit toutefois pas d'un véritable "robot", le chirurgien ayant constamment la main en commandant la caméra et les différents instruments insérés dans le patient.

Il bénéficie de surcroît d'une image tridimensionnelle en haute définition, tandis que les joysticks permettent des gestes chirurgicaux d'une grande précision, sans tremblement.

"Par rapport à la chirurgie conventionnelle, le robot diminue les complications pendant et après l'opération tandis que les séquelles fonctionnelles et esthétiques liées à l'intervention sont réduites" explique le Pr Philippe Morice, chef du service de chirurgie gynécologique et responsable du projet de chirurgie robotique à Gustave Roussy.

Lancé au début des années 2000, le robot da Vinci est aujourd'hui principalement utilisé dans l'ablation de la prostate (80% des interventions aux Etats-Unis) et dans divers types d'interventions gynécologiques (notamment hystérectomies).

Mais le robot a aussi été testé avec succès dans d'autres indications allant de l'ablation de la glande thyroïde à une intervention sur un cancer de la langue en passant par une greffe de rein et une greffe de foie.

-faciliter certaines chirurgies difficiles-

Pour le Dr Charles Honoré, chirurgien digestif à Gustave Roussy qui a suivi une formation spéciale de six semaines pour apprendre à manipuler le robot, les bras articulés "vont permettre d'aller dans des endroits difficiles d'accès" et "faciliter certaines chirurgies difficiles à réaliser par coelioscopie", comme la chirurgie du rectum, du foie ou du pancréas.

Utilisée depuis les années 90, la coelioscopie remplace la large entaille du chirurgien par plusieurs petites incisions, ce qui fait d'elle une chirurgie moins invasive avec moins de risques d'infections et une récupération du patient plus rapide.

En cancérologie "seulement 20% des patients peuvent à l'heure actuelle bénéficier de coelioscopies" souligne le Dr Honoré qui précise toutefois "qu'il n'est pas question d'opérer tout le monde avec des robots". Cette technologie, ajoute-t-il, doit être réservée "à des indications très ciblées".

Les premières interventions débuteront à la mi-décembre à Gustave Roussy qui espère effectuer à terme quelque 450 interventions par an, en chirurgie gynécologique et digestive, mais également dans le domaine ORL et dans la reconstruction mammaire.

Elles seront toutes réalisées grâce au robot da Vinci Xi et à une double console, d'un coût total de 2,3 millions d'euros auxquels viennent s'ajouter 400.000 euros pour la maintenance en 2015, intégralement financés par la Fondation Philanthropia.

Environ 2.000 robots da Vinci (toutes générations confondues) ont à ce jour été vendus à travers le monde dont 80 en France, selon le représentant français de Intuitive Surgery.

Peu d'études existent toutefois sur les avantages de la chirurgie robotique par rapport à la chirurgie traditionnelle ou à la coelioscopie tandis que des plaintes de patients enregistrées aux Etats-Unis à la suite d'accidents chirurgicaux ont alimenté une polémique sur sa sécurité mais également sur ses coûts jugés exorbitants par certains.

"Nous essaierons de faire très attention aux complications imputables au robot" indique pour sa part le Dr Honoré qui, comme ses collègues chirurgiens, espère que les inconvénients en terme de coût seront compensés par des hospitalisations moins longues et moins de séquelles.

Personne ne s'attend en revanche à ce que la nouvelle technologie change fondamentalement la donne en ce qui concerne "la survie des patients", relève pour sa part le Pr Morice.

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