La Crimée confrontée à une "tragédie" dans la lutte contre le sida

La Crimée confrontée à une ©Petras Malukas

publié le 08 mai 2014 à 17h05

Pr Michel Kazatchkine, envoyé spécial des Nations Unies pour le sida en Europe orientale et l'Asie centrale, à Vilnius le 10 juin 2013

L'abandon d'un programme de traitements de substitution à l'héroïne en Crimée va aggraver l'épidémie du sida, met en garde jeudi le Pr Michel Kazatchkine, envoyé spécial des Nations Unies pour le sida en Europe orientale et l'Asie centrale en évoquant une "tragédie".

"La politique l'a emporté sur la science", écrit le Pr Kazatchkine en faisant état d'"une nouvelle tragédie humaine (qui) a été imposée à la Crimée" après sa prise en main par la Russie, dans une tribune publiée par le British Medical Journal (BMJ).

En Ukraine, les consommateurs de drogues injectables ont accès au programme de réduction des risques incluant la méthadone et à la buprénorphine, des traitements de substitution aux opiacés.

Ces thérapies de substitution, soutenues par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), avec la fourniture de seringues stériles, ont fait la preuve de leur succès pour enrayer la propagation de l'épidémie du sida, rappelle-t-il.

Mais la loi russe interdit ces médicaments, et des représentants-clés russes du traitement de la dépendance aux drogues et du maintien de l'ordre s'opposent à leur utilisation.

Depuis mi-mars les doses de médicaments des 800 personnes enrôlées dans le programme de substitution en Crimée ont été progressivement réduites de moitié et l'approvisionnement a été officiellement arrêté le 1er mai, selon l'Alliance internationale VIH/sida, une ONG oeuvrant pour stopper l'épidémie du sida en Ukraine, écrit le Pr Kazatchkine.

Cet arrêt va avoir des répercussions désastreuses et l'interdiction russe de ces traitements "va aggraver l'épidémie du VIH/sida dans la région", prévient-il.

Près de 80 toxicomanes ont cherché à quitter la Crimée pour continuer leur traitement, dont 32 recevant en plus des médicaments anti-sida, selon l'ONG.

Kazatchkine, ancien directeur exécutif du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme, publie ce point de vue avant la conférence sur l'épidémie VIH/sida en Europe orientale et l'Asie centrale (eecaac 2014) organisée lundi et mardi prochains à Moscou.

Selon l'Onusida, la Fédération de Russie comptait 170.000 personnes contaminées par le virus du sida (VIH) en 2004, chiffre qui a atteint 1,2 million l'an dernier.

La Russie compte pour plus de 55% des nouvelles infections par le VIH dans la région Europe, selon le Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies.

"Cette épidémie est principalement due à l'injection de drogues, mais elle est en train de se répandre dans la population générale" ajoute le Pr Kazatchkine. La Russie aurait pu l'éviter, dit-il, si elle "avait mis sur pied un grand programme de réduction des risques incluant des traitements de substitution aux opiacés".

Le programme de prévention du sida, prévoyant notamment des échanges de seringues, des distributions de préservatifs et des tests de dépistage du VIH, s'adresse à 14.000 personnes en Crimée, toxicomanes mais aussi prostitué(e)s et homosexuels.

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