Le lobby des cigarettiers sévit dans les couloirs de la conférence antitabac

Le lobby des cigarettiers sévit dans les couloirs de la conférence antitabac©Alain Grosclaude

publié le 17 octobre 2014 à 17h10

La directrice de l'OMS, Margaret Chan, le 1er octobre 2014 à Genève

La conférence internationale sur la lutte antitabac organisée cette semaine à Moscou a livré un autre combat en coulisses: se protéger de l'industrie du tabac, exclue des discussions, mais qui tente dans l'ombre d'infléchir les débats.

Depuis lundi et jusqu'à samedi, les délégations de 195 pays planchent sur des directives et recommandations de nature à améliorer la lutte contre le tabac.

La directrice de l'OMS, Margaret Chan, a fixé dès le départ le cadre des débats et a mis en garde contre la présence de l'industrie du tabac.

"Les cigarettiers insistent pour faire partie intégrante du débat afin d'apporter des solutions (...) mais octroyer une place à l'industrie du tabac reviendrait à demander à des renards de s'occuper de vos poules", a-t-elle averti. "Ne les laissez pas vous séduire".

Si officiellement, aucun représentant d'un groupe de cigarettiers ne peut participer aux débats, cela ne veut pas dire que des lobbyistes protabac ne sont pas présents dans les couloirs, le hall de l'hôtel, à l'affût d'un délégué à convaincre de ne pas voter les mesures antitabac.

Leur présence a rapidement fait débat. Notamment quand, comme à chaque conférence, ils ont occupé la cinquantaine de places réservées au public pour assister aux sessions plénières de la sixième session de la Conférence des parties à la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac (FCTC).

François van der Merwe, président de l'Association internationale des Producteurs du tabac (ITGA), en faisait partie. Lundi, il s'est levé à 6h du matin pour arriver tôt à la conférence et obtenir une place dans le public. Mais une heure après le début de la conférence, il a été, avec les autres, conduit hors de la salle après un vote des délégués sur leur expulsion.

"Nous n'avons pas besoin de public ici!", a lancé la déléguée de l'Ouganda, Dr. Ndyanabangi.

"Ils nous ont hués", raconte à l'AFP M. van der Merwe. "Je représente 30 millions de fermiers. Est-il juste qu'ils m'expulsent alors qu'ils décident de notre avenir dans cette salle?"

Pour Jesse Bragg, porte-parole de l'ONG Corporate Accountability International, l'expulsion se justifiait. "Ces places sont quasiment toutes raflées par des personnes qui travaillent pour l'industrie du tabac et qui arpentent les couloirs tous les jours pour convaincre les délégués de ne pas voter les mesures antitabac", fulmine-t-il.

- Interpol, soutien des cigarettiers ? -

Persona non grata à la Conférence, M. van der Merwe a du coup organisé sa propre conférence, un déjeuner auquel seuls huit journalistes triés sur le volet étaient invités pour écouter son point de vue.

De même, l'International Tax and Investment Center (ITIC), un groupe de lobbying financé entre autres par les quatre principaux cigarettiers, a organisé une réunion à la veille de l'ouverture de la Conférence dont le carton d'invitation pouvait entretenir la confusion sur ses liens avec la conférence sous l'égide de l'OMS.

"Nous avons dû envoyer une note expliquant qu'il ne s'agissait pas d'une de nos réunions et incitant les délégués à ne pas y participer", explique l'un des organisateurs de la Conférence. "Nous avons des soupçons concernant l'ingérence du lobby pro-tabac dans notre Conférence", continue-t-il.

Cette ingérence peut prendre les formes les plus inattendues, soulignent les ONG. Elle peut s'incarner sous la forme d'Interpol, dont la demande d'accéder au statut observateur de la Conférence a été bruyamment rejetée par les délégués.

Ces derniers accusent en effet l'Organisation policière internationale de collaborer avec le cigarettier Philip Morris qui, lui, a versé 15 millions d'euros en 2012 pour soutenir sa lutte contre la contrebande de tabac.

Autre exemple, à la sortie d'une salle où vient d'être votée une mesure, une personne arborant le badge "Public" discute avec trois délégués. Prise à part, elle indique à l'AFP travailler pour le groupe de tabac Alliance One International.

Pour leur part, les cigarettiers fustigent le manque de transparence des antitabacs qui refusent la publicité des débats.

Il s'agit "d'une flagrante violation des propres règles du FCTC, qui précisent que les sessions doivent être tenues en public", critique la porte-parole de Philip Morris International, Iro Antoniadou.

"L'OMS est face à un défi: comment assurer la transparence de notre conférence sans permettre à l'industrie du tabac de participer? Car ils utilisent ce même désir de transparence pour menacer tout le processus", oppose M. Bragg, dont l'ONG mène une campagne contre le lobbying de l'industrie du tabac.

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