Les longs calvaires des surirradiés d'Epinal

Les longs calvaires des surirradiés d'Epinal©Jean-Christophe Verhaegen

publié le 19 novembre 2014 à 20h11

C'est un long tunnel de souffrances qu'ont dépeint mercredi des surirradiés de l'hôpital d'Epinal ou des proches de malades décédés

Corps mutilés aux odeurs nauséabondes d'oeuf pourri, tissus brûlés, diarrhées incontrôlables, poches urinaires, hémorragies, douleurs sans fin. C'est un long tunnel de souffrances qu'ont dépeint mercredi des surirradiés de l'hôpital d'Epinal ou des proches de malades décédés.

"C'était un sacré gaillard. Après il a vécu avec ce corps immonde qui sentait l'oeuf pourri. De grosses poches de sang s'accumulaient le long de son intestin et puis soudain tombaient." Solange Vernier évoque les derniers mois de son père Maurice, membre du groupe des 24 patients les plus surirradiés.

Après une radiothérapie pour un cancer de la prostate début 2005, les premiers symptômes apparaissent à l'été. A partir de là, ce sont "deux ans et demi de calvaire. Il hurlait de douleur". Maurice Vernier est mort en février 2008. "C'est dur. C'est une honte, c'est tout ce qu'on peut dire", lâche sa fille devant la cour d'appel de Paris qui rejuge deux anciens médecins de l'hôpital et le radiophysicien, condamnés à 18 mois de prison ferme en première instance en janvier 2013.

Le pire accident de radiothérapie jamais enregistré en France a fait près de 450 victimes, dont 12 sont mortes.

"Je ne peux plus sortir de chez moi. Sinon, la première chose que je regarde c'est où sont les toilettes." Henri Bento, 65 ans, fait partie du "deuxième groupe" de patients, moins gravement surdosés. Mais il a "10 centimètres de tissus nécrosés du rectum jusqu'au gros intestin", "des fuites urinaires et des diarrhées quotidiennes".

Jean-Claude Lercier, vice-président de l'association des victimes, raconte comment il se retrouve à "porter des couches comme un enfant", l'angoisse à la vue "de la cuvette de WC remplie de sang". Pour retrouver un peu d'autonomie il lui faut enfiler "un étui pénien relié à une poche fixée à la jambe". Ce qui le laisse "à la merci d'accidents humiliants qui peuvent arriver à tout moment".

- 'Emissions nauséabondes' -

Confronté à la certitude que son "état de santé n'arrêtera jamais de se dégrader", il souffle dans un sanglot avoir "envisagé une solution extrême". Puis, à l'adresse des prévenus: "Pourquoi tant de certitudes, de suffisance et d'orgueil? Pourquoi tant d'énergie à cacher" l'accident une fois découvert? "Nous, nous n'avons aucune possibilité de faire appel."

La fille d'une autre victime décédée parle des "émissions nauséabondes" de son père, dont la fistule était, selon les mots d'un médecin, devenue "un véritable cloaque".

"Il nous a fait une hémorragie le jour où toute la famille était réunie, il y avait du sang partout," raconte Christiane Levrey, dont le mari Marcel est décédé en 2010, cinq ans après avoir reçu "une dose massive". A la fin, "il ne pouvait plus marcher, même plus être dans un fauteuil".

Jean-Robert Villomé, 64 ans, était coiffeur. Il a dû revendre son commerce. "Devant mes clients, je faisais sur mon corps. C'est pas facile." Et la situation va en s'aggravant, "on m'a dit qu'il me faudrait une poche".

Il fait partie du "groupe 1", très gravement touché lors d'une radiothérapie fin 2004. Premiers symptômes début 2005. "Saignements, pertes urinaires, c'est devenu un enfer". Pourtant en 2006 un des médecins poursuivis lui assure que "tout est normal".

"Il a détruit ma vie, mon couple, tout. J'ai peur de demain, de ce qui va m'arriver. Il fallait qu'il me dise la vérité. Je ne lui demandais rien moi, je demandais juste qu'il me soigne."

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