Malgré les gestes du gouvernement, les médecins se raidissent contre la loi Santé

Malgré les gestes du gouvernement, les médecins se raidissent contre la loi Santé©Kenzo Tribouillard

publié le 20 mars 2015 à 16h03

Le Premier ministre Manuel Valls et la ministre de la Santé, Marisol Touraine, à l'Hôtel Matignon, le 19 mars 2015

Le gouvernement a échoué cette semaine à apaiser le monde médical: ni ses concessions sur le projet de loi Santé, ni les efforts de Manuel Valls pour les rassurer, n'ont calmé les médecins, déterminés à poursuivre leur "guérilla" contre le tiers payant.

Cabinets fermés ou grève de la carte Vitale, les médecins libéraux se mobilisent depuis des mois contre la réforme portée par la ministre de la Santé Marisol Touraine, dont la mesure phare vise à dispenser tous les patients d'avancer les frais des consultations.

Leur action a culminé dimanche, quand plus de 20.000 blouses blanches ont défilé à Paris contre le texte, mais aussi pour exprimer un "malaise" dans la profession. Très critiques envers une ministre taxée d'"autisme", les manifestants en appelaient au Premier ministre qui a reçu leurs représentants jeudi.

"Le gouvernement reste à l'écoute des professionnels", leur a promis Manuel Valls, en confirmant la tenue d'une grande conférence sur la santé à l'automne ou en 2016 pour réfléchir aux futures conditions d'exercice de leur métier.

A leur grand désarroi, le chef du gouvernement n'est pas allé plus loin. Au contraire, il a réaffirmé que la généralisation du tiers payant, promesse de campagne de François Hollande, serait "évidemment maintenue".

Et il a apporté son "soutien absolu" à Marisol Touraine qui s'est dite mardi "sidérée" par la "violence" de certaines attaques à son encontre. "La coupe est pleine", a-t-elle lâché dans un rare aveu sur ses sentiments.

A peine sorti de Matignon, les syndicats, qui s'affronteront lors d'élections professionnelles en fin d'année, ont haussé le ton. Evoquant une réunion "du mépris", des spécialistes (U.ME.SPE./CSMF) ont menacé d'entrer en "guérilla". MG France, principal syndicat de généralistes, s'est dit prêt à la "confrontation".

De son côté, le premier syndicat de médecins libéraux, la CSMF, a appelé à une nouvelle journée de grève, le 31 mars, jour où les députés entameront l'examen du projet dans l'hémicycle.

- 'Ralliement de dernière minute' -

Pourtant, le gouvernement a lâché du lest sur d'autres aspects du texte, que la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale a adopté jeudi soir après avoir accepté 350 amendements sur les quelque 1.600 déposés.

Il a ainsi accepté de retirer un article qui aurait autorisé les pharmaciens à réaliser certaines vaccinations, ce que les médecins refusaient fermement.

Si l'article sur le tiers payant a bien été adopté, il a été modifié pour rassurer les libéraux, qui craignent une surcharge de travail administratif et de ne pas recouvrer toutes les sommes dues.

L'amendement prévoit une généralisation par étapes jusqu'en novembre 2017, une "garantie" de remboursement au delà d'un délai qui sera fixé par décret (Marisol Touraine a évoqué sept jours) et prévoit un "flux unique de paiement", réclamé par MG France, c'est-à-dire que les médecins seront en contact uniquement avec l'assurance maladie et non avec les complémentaires.

Résultat, les mutuelles, qui souhaitaient cogérer le système, sont fâchées elles aussi. Si le gouvernement "paraît prêt à des concessions importantes en espérant un ralliement de dernière minute des médecins, il oublie que le tiers payant ne pourra pas se faire sans les complémentaires", a fustigé la Mutualité française.

En commission, d'autres amendements ont enrichi le projet de loi qui recouvre un champ très vaste, de la prévention de l'obésité au dossier médical partagé: un article a supprimé le délai de réflexion de sept jours avant une IVG, un autre crée un droit à l'oubli pour les anciens malades du cancer, etc.

Le texte sera examiné en séance du 31 mars au 10 avril, avant un débat au Sénat. Marisol Touraine a annoncé lundi qu'il n'y aurait qu'une lecture par chambre pour éviter que la procédure ne se prolonge "outre mesure".

La droite fourbit déjà ses armes. Jeudi, le président de l'UMP Nicolas Sarkozy a critiqué un texte "dogmatique" qui menace les finances publiques et "notre modèle de médecine libérale". A l'inverse, le Parti socialiste défend à l'unanimité une grande réforme de "justice sociale".

sur le même thème

Carnet de santé de Mars 2016
carnet de santé
Carnet de santé de Mars 2016
Les Français soutiennent la hausse du paquet de cigarettes à 10€ et les fumeurs reconnaissent le...
L'art de la pensée positive
focus sur
L'art de la pensée positive
Prenons l'exemple de la nouvelle année. Au-delà des festivités, c'est l'occasion de se remettre...
Quiz audition
quiz
Quiz audition
Après un concert, on peut avoir des bourdonnements, mais ça passe... Les effets sonores sont-ils...
 
0 commentaire - Malgré les gestes du gouvernement, les médecins se raidissent contre la loi Santé
  • avatar
    [=pseudo.pseudo] -

    [=reaction.title]

    [=reaction.text]

avatar
[=pseudo.pseudo] -

[=reaction.text]