Obésité: la chirurgie en plein essor, mais le suivi reste problématique

Obésité: la chirurgie en plein essor, mais le suivi reste problématique©Liu Jin

publié le 11 mars 2015 à 18h03

Un médecin chinois prépare une opération pour combattre l'obésité, le 4 août 2002 à Shanghai

Avec près de 50.000 interventions par an, la chirurgie de l'obésité se développe très rapidement en France, mais l'indispensable suivi des malades reste aléatoire, selon des spécialistes réunis à Paris.

"Moins de la moitié des patients sont suivis correctement un an après l'intervention", souligne le Pr François Pattou, spécialiste de la chirurgie bariatrique (ou chirurgie de l'obésité) au CHRU de Lille.

La chirurgie bariatrique consiste à restreindre l'absorption des aliments en modifiant l'anatomie du système digestif.

Elle s'est imposée en France ces dix dernières années pour traiter les obésités morbides (indice de masse corporelle supérieur à 40), avec des résultats jugés très encourageants: baisse importante et rapide du poids (pouvant aller jusqu'à 70%), amélioration de la qualité de vie et réduction significative des maladies chroniques associées comme le diabète, l'hypertension artérielle ou l'apnée du sommeil.

Les experts rappellent toutefois qu'elle ne permet pas de "guérir" l'obésité, maladie multifactorielle très complexe.

"L'obésité est une maladie au long cours qui peut revenir, ce qui nécessite un suivi régulier après l'intervention", souligne le Pr Jean Gugenheim, président de la Société française de chirurgie de l'obésité.

Malgré ces bémols, le nombre d'interventions a triplé depuis 2006 en France, note-t-il, atteignant 47.000 interventions en 2014, soit quatre fois plus qu'en Allemagne ou au Royaume-Uni où cette chirurgie est nettement moins bien prise en charge par les systèmes d'assurance maladie qu'en France.

A ce jour, plus de 200.000 personnes ont déjà été opérées en France, avec pour l'essentiel trois techniques d'intervention: la plus ancienne est la pose d'un anneau gastrique, une méthode réversible, mais les chirurgiens optent désormais à plus de 50% pour la gastrectomie en manchon, qui consiste à retirer les 2/3 de l'estomac.

La troisième technique est le "bypass" gastrique qui consiste à modifier le circuit alimentaire en court-circuitant une grande partie de l'estomac.

Ces interventions sont aujourd'hui parfaitement maîtrisées, avec une mortalité post-opératoire très faible - de l'ordre de 1 pour 1.000 -, mais elles peuvent entraîner des effets secondaires pas toujours connus des patients, comme des carences en vitamine B, à l'origine de troubles neurologiques, ou une ostéoporose liée à la mauvaise absorption de la vitamine D.

Une reprise de poids est de surcroît très fréquente à long terme. Elle peut être liée à des problèmes mécaniques, mais aussi à des erreurs alimentaires ou à une trop faible activité physique, voire à des problèmes psychologiques.

- Des patients qui se pensent guéris -

"Le suivi post-opératoire est à peu près bien fait pendant la première année, mais ensuite on perd les patients parce qu'ils considèrent à tort qu'ils sont guéris", note le Pr Jean-Marie Zimmermann, chirurgien à Marseille.

Pour éviter des complications qui peuvent apparaître des années après l'intervention, "il faut un suivi à long terme par une équipe pluridisciplinaire qui n'existe pas actuellement, sauf dans quelques centres de référence", relève le Pr Pattou.

Dans sa recommandation sur la prise en charge de l'obésité, la Haute Autorité de Santé (HAS) préconise que la chirurgie bariatrique fasse l'objet d'un suivi pendant toute la vie avec une consultation par an.

Mais dans la réalité, les professionnels concernés (chirurgiens, endocrinologues, nutritionnistes, médecins généralistes) disent n'avoir ni le temps, ni les compétences nécessaires pour suivre seuls les patients.

Quant aux psychologues et aux diététiciens ou éducateurs médico-sportifs, qui pourraient eux aussi jouer un rôle, selon le Pr Pattou, ils ne sont pas pris en charge par l'assurance maladie, alors même que l'obésité touche surtout les populations les plus défavorisées.

"Le travail d'équipe est très important et doit inclure la famille", estime Anne-Sophie Joly, présidente du collectif national des associations d'obèses (CNAO) qui souligne l'importance d'un alimentation équilibrée intégrant "la notion de plaisir", combinée à une activité physique adaptée, chez les patients opérés.

La nécessité d'un suivi est d'autant plus importante, selon le Pr Pattou, que le nombre d'opérés "pourrait atteindre 500.000 dans cinq ans, soit près d'un pour cent de la population française" si les interventions se poursuivent au rythme actuel.

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