Pas facile de se soigner quand on est pauvre, selon Médecins du Monde

Pas facile de se soigner quand on est pauvre, selon Médecins du Monde©Jody Amiet

publié le 16 octobre 2014 à 15h10

Une consultation dans un centre de soins de Médecins du Monde

Se soigner reste un parcours du combattant pour les plus pauvres, confrontés à une précarité grandissante, et notamment à la faim, témoigne Médecins du Monde dans son rapport 2013 publié jeudi, à la veille de la journée mondiale du refus de la misère.

"Les inégalités de santé restent fortes" en France, d'autant que "les situations de précarité se dégradent", souligne Jean-François Corty, directeur des missions France à Médecins du Monde (MDM). En 2013, l'ONG a reçu dans ses 20 centres d'accueil, de soins et d'orientation (Caso) 29.960 personnes exclues du système de santé.

Thierry Brigaud, président de l'ONG, souligne, lui, "la hausse parmi les patients du nombre de mineurs isolés et de femmes enceintes, laissées à l'abandon pendant leur grossesse".

Parmi ces patients, souvent des hommes jeunes (33 ans en moyenne), originaires d'Afrique subsaharienne, du Maghreb et de l'Union européenne, 97% étaient sous le seuil de pauvreté, 27% sans aucune ressource.

Comme Idriss, un Camerounais albinos menacé dans son pays, venu en consultation dans un centre parisien parce qu'il a "des malaises" mais "pas d'argent". "Même payer un ticket de métro, c'est dur".

Conséquence de cette précarité: "nos patients ont faim", déplore M. Corty. Selon une étude menée dans sept Caso en 2014, 80% des ménages soignés sont en "insécurité alimentaire pour raison financière". Près de la moitié des adultes et plus de 20% des jeunes n'ont pas mangé au moins une journée entière dans le mois.

Et "un tiers des patients présentent une pathologie en lien avec une alimentation défavorable".

"Certains jours, ça m'arrive de ne pas manger du tout, parfois juste un jus de fruit", confirme Hawa, 27 ans, Malienne en France depuis janvier. Venue chez Médecins du Monde pour de violents maux d'estomac, elle a été rejetée des urgences, "parce que je n'avais pas les papiers".

Près de 90% des patients n'ont aucune couverture maladie, alors que les trois quarts pourraient en bénéficier, notamment via l'Aide médicale d'Etat (AME, qui prend en charge les soins des étrangers sans papier et sans ressource), souligne le rapport.

- Enceinte de cinq semaines -

Pour M. Corty, "il n'y a pas d'arrivée massive de migrants pour raison médicale". Dénonçant "les attaques répétées contre l'AME", il affirme que la hausse des coûts de ce dispositif est liée à "une sous-budgétisation au départ", et déplore que l'on cherche à "opposer les précaires entre eux".

Hawa, seule et sans logement, dort chez des tiers quand elle le peut, parfois "dans un garage" ou "dehors". "J'appelle le 115 tous les jours" en vain, dit-elle, en larmes. Car elle vient d'apprendre qu'elle est enceinte de cinq semaines. Conséquence d'un soir où pour avoir un toit, elle a dû accepter les avances de l'homme qui l'hébergeait.

Seulement 8% des patients ont un logement personnel, le reste étant hébergés par des tiers, dans des squats, des bidonville, en centres d'urgence ou dans la rue.

Le rapport pointe aussi l'explosion du nombre de mineurs, et notamment des mineurs étrangers isolés à Paris, où "le droit commun n'arrive pas à les prendre en charge".

Les pathologies les plus fréquentes sont avant tout respiratoires, digestives, ostéoarticulaires et dermatologiques. Près de six patients sur dix ont une maladie chronique (asthme, diabète, etc.), nécessitant un suivi ou un traitement dans 80% des cas, comme Benhaïk, 34 ans, originaire d'Asie centrale. Asthmatique, il vit dans la rue et montre son bien le plus précieux: sa "ventoline".

Beaucoup souffrent aussi d'isolement, d'anxiété et de dépression, ainsi que d'un état bucco-dentaire particulièrement dégradé. "J'ai mal aux dents depuis longtemps, je prends du Doliprane tous les jours", confie Hawa.

Au total, plus d'un tiers (36%) des patients ont retardé leur soin et 20% ont renoncé à se soigner dans l'année.

En cause, "une méconnaissance des droits", liée à la complexité du dispositif, des refus de soins "trop fréquents" et des dépassements d'honoraires. Sans compter la barrière linguistique et la peur de se déplacer de crainte d'être interpellés, pour les étrangers en situation irrégulière.

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