Rentrer chez soi juste après une opération: une voie d'économie

Rentrer chez soi juste après une opération: une voie d'économie©Jean-Sebastien Evrard

publié le 28 avril 2014 à 12h04

Une salle d'opération

Etre opéré de la cataracte, d'une hernie ou d'un anévrisme puis rentrer dans les heures qui suivent à la maison? La chirurgie ambulatoire, brandie par le gouvernement comme une source d'économies, offre des avantages aux patients, à condition de bien les accompagner, selon des experts.

Les députés se prononcent mardi sur le programme de stabilité du gouvernement, qui résume les grandes orientations économiques de la France jusqu'en 2017 et prévoit notamment un milliard d'euros d'économies grâce à des séjours raccourcis à l'hôpital.

"Les nuits à l'hôpital ne sont pas sereines, c'est beaucoup mieux de se reposer à la maison!": atteint d'une maladie chronique, Henri Barbier, 74 ans, est un habitué des opérations pratiquées en ambulatoire qui se sont "toujours bien passées" selon lui.

Comme beaucoup de patients, il a apprécié le fait de pouvoir rentrer chez lui tout de suite après l'intervention, gardant un mauvais souvenir d'une nuit passée à l'hôpital avec un voisin bruyant.

"On évite aussi de contracter des infections liées à l'hôpital (nosocomiales)", témoigne-t-il.

Limitée dans un premier temps à des opérations légères, dont la plus connue est celle de la cataracte, la chirurgie ambulatoire concerne désormais des actes de plus en plus lourds, grâce aux évolutions techniques.

Prothèse de la hanche, hernie discale ou encore anévrisme de l'aorte: cinq nouveaux projets ont récemment vu le jour en Ile-de-France pour développer ces pratiques qui prévoient une hospitalisation de moins de douze heures.

"Les séjours hospitaliers doivent être moins fréquents et moins longs", affirme la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine, qui veut doubler le rythme de croissance de la chirurgie ambulatoire. Dès 2016, une opération sur deux pourra être réalisée ainsi, selon elle.

Actuellement, 40% des actes en chirurgie le sont, avec d'importantes variations en fonction des régions et des spécialités.

La France est en retard dans ce domaine: selon la Haute autorité de santé, sur 37 gestes sélectionnés, le taux d'ambulatoire atteignait 45% en France en 2009 contre plus de 65% dans les pays d'Europe du Nord.

La Cour des comptes a évalué en septembre à cinq milliards d'euros le "potentiel d'économies" réalisable, via la suppression des lits, engendrant des économies de fonctionnement.

- Un numéro 24H/24 -

Un chiffre remis en cause par la Fédération hospitalière de France (FHF): la chirurgie ambulatoire est "une voie d'avenir" mais "ce n'est pas la poule aux oeufs d'or", a affirmé en janvier son président Frédéric Valletoux, évaluant le gain à 570 millions d'euros.

Développer l'ambulatoire "peut être une bonne chose" mais il faut tenir compte des "effets de structure" entre les cliniques privées et l'hôpital. Ainsi, les cliniques privées se "sont positionnées très tôt sur les actes chirurgicaux ambulatoires", rentables. En revanche, l'hôpital a "un cahier des charges qui lui impose de pratiquer tout type de soins, y compris non chirurgicaux, souvent plus longs et plus coûteux", estime Brigitte Dormont, professeure à Paris Dauphine.

Le développement de l'ambulatoire nécessite aussi "de bien gérer l'amont et l'aval" de l'intervention, or "tout cela n'est pas suffisamment pensé aujourd'hui", selon elle. "Il faut organiser le parcours des personnes affectées de maladies chroniques et penser l'accompagnement social des personnes isolées et démunies".

"Le patient doit avoir certaines garanties", renchérit Nicolas Brun, représentant du CISS, un collectif d'usagers.

Il doit ainsi être parfaitement informé en amont, accompagné et surveillé par un tiers dès sa sortie, posséder un numéro de téléphone en cas d'urgence 24H/24 et disposer de prescriptions médicales en cas de douleur, détaille-t-il. Car "si l'on constate des avantages, des craintes et des interrogations demeurent".

Françoise Reuilly, une parisienne de 70 ans, garde un souvenir amer de son expérience.

Son opération sous anesthésie générale, programmée en ambulatoire à 10H00 du matin, s'était finalement déroulée dans l'après-midi.

Pourtant son retour à la maison a eu lieu à l'heure prévue, son mari est venu la chercher tout juste une demie-heure après son réveil: "c'était trop tôt, trop juste, une fois à la maison, j'étais mal, complètement détraquée", décrivant "deux jours d'angoisse parce que c'était le week-end". Aujourd'hui, elle juge que sa sortie a été "trop précoce".

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