Soudan du Sud: plus de 600 millions de dollars promis contre la famine

Soudan du Sud: plus de 600 millions de dollars promis contre la famine©Larsen, Hakon Mosvold

publié le 20 mai 2014 à 16h05

Le chef de la diplomatie norvégienne, Boerge Brende (g) et son homologue sud-soudanais Barnaba Marial Benjamin à Oslo le 20 mai 2014

La communauté internationale s'est engagée mardi à Oslo à verser plus de 600 millions de dollars pour lutter contre la famine qui menace des millions de personnes au Soudan du Sud, pays ravagé par la guerre.

"Ce chiffre représente quasiment un doublement des fonds disponibles pour la crise humanitaire au Soudan du Sud", a déclaré le chef de la diplomatie norvégienne, Boerge Brende, à l'issue d'une conférence des donateurs. "C'est significatif et ça sauvera des vies".

Avant cette réunion présentée comme celle de la "dernière chance" par le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'Onu (OCHA), seuls 536 millions de dollars avaient été réunis sur un besoin humanitaire estimé à 1,8 milliard de dollars pour l'année en cours et le début 2015.

Quelque 660 millions de dollars manquent donc encore à l'appel.

"Le résultat a dépassé nos attentes", a affirmé la chef de l'OCHA, Valerie Amos, soulignant qu'il n'avait jamais été question que l'intégralité des fonds requis soit trouvée à Oslo.

"Je pense qu'il sera difficile de lever les ressources nécessaires supplémentaires", a-t-elle cependant regretté, faisant valoir que les donateurs étaient aussi sollicités par d'autres crises humanitaires majeures en Syrie et en Centrafrique.

Selon l'Onu, 4 millions de personnes, soit un tiers de la population, sont menacées par la faim dans le jeune État africain, riche en pétrole mais où se déroulent des combats entre gouvernement et rebelles depuis le 15 décembre.

Mardi, les États-Unis ont promis 291 millions de dollars, la Grande-Bretagne 100 millions et l'Union européenne 55 millions d'euros. La Norvège, pays-hôte, s'était aussi engagée à hauteur de 63 millions de dollars.

La situation est d'autant plus délicate que la saison des pluies rend impraticables les rares routes du pays, voire certaines pistes d'atterrissage, compliquant et renchérissant l'acheminement de l'aide dans de vastes régions.

"Il y a de nombreuses régions du Soudan du Sud qui sont inaccessibles par la route. C'est à cause du manque d'infrastructures, de la saison des pluies, mais aussi parce qu'il est parfois difficile de franchir les lignes de front", a déclaré à l'AFP la sous-directrice générale du Programme alimentaire mondial (PAM), Elisabeth Rasmusson.

"L'aide est extrêmement urgente parce que 3,7 millions de personnes font face à une crise alimentaire aujourd'hui (...) Il faut qu'on ait accès à ces populations, sinon des personnes vont mourir de faim", a-t-elle dit.

Le choléra a également fait son apparition ces dernières semaines. Déjà neuf personnes en sont mortes, sur 138 cas, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

- 50.000 enfants menacés -

Selon le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), 50.000 enfants risquent de mourir de faim au Soudan du Sud d'ici la fin de l'année. "Un grand nombre sont déjà condamnés à manger de la nourriture trouvée dans la nature comme des bulbes de plante et des herbes", a indiqué l'organisation.

Indépendant depuis 2011 après une guerre longue et meurtrière entre Khartoum et la rébellion désormais au pouvoir à Juba, le Soudan du Sud a replongé dans un nouveau conflit, né de la rivalité politique entre le président Salva Kiir et son ancien vice-président, Riek Machar, limogé en juillet 2013.

Le conflit est aggravé par de vieilles rancunes entre les deux principaux peuples du pays, Dinka et Nuer, auxquels MM. Kiir et Machar appartiennent respectivement.

Malgré un accord signé le 9 mai, les combats se poursuivent et s'accompagnent de massacres et d'atrocités contre les civils sur des bases ethniques: des milliers, voire des dizaines de milliers de personnes, sont mortes et plus de 1,3 million de Sud-Soudanais ont fui leurs habitations.

Plus de 325.000 d'entre eux ont franchi la frontière pour se réfugier en Ethiopie, au Kenya, au Soudan et en Ouganda, "des pays qui sont déjà vulnérables pour diverses raisons", a noté Mme Amos.

"Nous avons besoin de plus que de l'argent, nous avons besoin d'une volonté politique", a-t-elle aussi souligné.

Comme elle, de nombreux participants ont appelé les belligérants à respecter l'accord de cessez-le-feu, épargner les populations civiles ou encore faciliter les mouvements des organisations humanitaires.

Les pourparlers d'Addis Abeba destinés à trouver une issue politique au conflit ont toutefois été à nouveau suspendus lundi, pour 12 jours.

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