Toxicomanie et sida: une crise sanitaire menace la Crimée et l'Est de l'Ukraine

Toxicomanie et sida: une crise sanitaire menace la Crimée et l'Est de l'Ukraine©Mandel Ngan

publié le 21 janvier 2015 à 12h01

Michel Kazatchkine, l'envoyé spécial de l'ONU pour le sida en Europe orientale et en Asie centrale, le 11 septembre 2014 à Washington

Une grave crise sanitaire menace la Crimée, rattachée à la Russie, et l'est séparatiste de l'Ukraine où les drogués n'ont aujourd'hui plus accès aux traitements de substitution, ce qui risque d'aggraver l'épidémie de sida, a averti mercredi l'envoyé spécial de l'ONU pour le sida en Europe orientale et en Asie centrale.

"C'est la région où l'épidémie de sida continue à croître et où elle est largement liée à la consommation de drogue" a précisé le Pr Michel Kazatchkine lors d'une conférence de presse téléphonique.

Sur les quelque 800 consommateurs de drogues injectables qui, avant l'annexion par la Russie, recevaient un traitement de substitution aux opiacés en Crimée, près d'une centaine sont décédés, principalement des suites d'une overdose ou d'un suicide, a indiqué le Pr Kazatchkine aux journalistes avant la remise d'un rapport sur le sujet au secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

A ces décès viennent s'ajouter plus de 200 contaminations par le VIH (virus du sida), selon l'Alliance internationale pour le sida en Ukraine, une organisation non gouvernementale.

La situation n'est guère meilleure dans l'est de l'Ukraine, en proie depuis neuf mois à des combats entre l'armée ukrainienne et les séparatistes pro-russes.

Là aussi, les drogués n'ont plus accès aux traitements substitutifs et se tournent vers des drogues de rue beaucoup plus dangereuses, alimentant ainsi l'épidémie de sida, explique le Pr Kazatchkine.

Le sida se propage notamment grâce à l'échange de seringues entre drogués et à la prostitution.

Les traitements substitutifs aux opiacés sont soutenus par l'Organisation mondiale de la santé, mais interdits par la loi russe, qui est désormais appliquée en Crimée depuis son rattachement.

"Les gens se sont retrouvés avec des choix impossibles", note le Pr Kazatchkine qui précise avoir tenté sans succès de convaincre les autorités russes d'assouplir leur position sur les traitements substitutifs.

L'envoyé spécial de l'ONU précise également qu'en ce qui concerne l'est de l'Ukraine, une zone largement contrôlée par les rebelles, la situation est tout aussi préoccupante.

"Avec les frontières désormais bloquées, des pénuries majeures d'antirétroviraux, de traitements substitutifs aux opiacés et d'autres traitements permettant de sauver des vies sont attendues d'ici à la fin du mois de février" relève-t-il.

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